Par Denise Kyalwahi
À l'occasion de la Journée internationale de la réduction des risques de catastrophe, célébrée ce mardi 13 octobre, la ville de Butembo, au Nord-Kivu, reste confrontée aux éboulements de terrain, aux érosions et aux inondations. Le décès d'une adolescente d'au moins 15 ans dans une carrière de sable à Kyaghala rappelle l'urgence de renforcer la prévention et de protéger les populations exposées à ces phénomènes.
Une adolescente d'au moins 15 ans a perdu la vie dans un éboulement survenu dans une carrière artisanale de sable au quartier Kyaghala, cellule Kirivata, dans la ville de Butembo. Selon la société civile de Bulengera, une grosse pierre s'est détachée avant de tomber sur un groupe de femmes qui travaillaient sur le site d'extraction.
Ce drame intervient alors que le monde célèbre la Journée internationale de la réduction des risques de catastrophe. À Butembo, les érosions, les glissements de terrain et les inondations continuent de menacer les vies humaines, les habitations et les infrastructures.
La dégradation de l'environnement parmi les facteurs aggravants
Pour Amos Mutali, chef de programme au sein du Forum de la société civile du bassin du Nil (FCBN) et écologiste, ces phénomènes sont notamment liés à la dégradation des écosystèmes, au déboisement, à l'urbanisation anarchique et à la mauvaise gestion des eaux pluviales.
Selon lui, leurs conséquences dépassent les pertes en vies humaines et les dégâts matériels. Les catastrophes affectent également les revenus des ménages, détruisent les sols et les infrastructures et perturbent les activités scolaires.
Les établissements scolaires peuvent être endommagés, tandis que les difficultés d'accès aux écoles et les interruptions des cours compromettent la continuité de l'éducation des enfants. À long terme, cette situation risque de freiner le développement socio-économique des communautés touchées.
Face à ces risques, Amos Mutali recommande la restauration du couvert végétal par la plantation d'arbres, la protection des berges des rivières, l'aménagement de systèmes efficaces de drainage des eaux pluviales et la lutte contre les constructions anarchiques.
Il appelle également à sensibiliser les habitants et à interdire les constructions dans les zones à haut risque.
« La prévention des catastrophes est une responsabilité collective qui commence par des gestes individuels », rappelle-t-il, invitant chaque habitant à planter et à protéger les arbres, à éviter le déboisement des pentes, à ne pas obstruer les caniveaux avec des déchets et à ne pas construire sur des terrains instables.
Un plan urbain de lutte contre les érosions recommandé
De son côté, John Tsongo, expert environnementaliste indépendant, estime que la ville de Butembo doit se doter d'un plan global de lutte contre les érosions, étendu aux communes, aux quartiers et aux avenues.
Ce plan devrait notamment permettre de cartographier les zones à haut risque et d'interdire les constructions dans les espaces exposés aux érosions et aux glissements de terrain.
L'expert préconise également des mesures contre les habitations construites dans les zones dangereuses, conformément aux procédures applicables, ainsi que la couverture des sols dénudés par des espèces végétales adaptées, notamment le gazon, le bambou et les roseaux.
Pour renforcer la prévention, John Tsongo insiste sur la sensibilisation de la population à travers des spots, des capsules vidéo et l'implication des leaders d'opinion, notamment les responsables religieux et les acteurs de la société civile.
Il plaide enfin pour des sanctions dissuasives contre les personnes qui enfreignent les mesures de protection des zones à risque.
Le FCBN mise sur les solutions fondées sur la nature
Pour sa part, Mimie Dimangja, actrice environnementale au sein du FCBN, souligne l'importance des solutions fondées sur la nature pour réduire les risques liés aux catastrophes dans la ville de Butembo et ses environs.
Parmi les actions qu'elle met en avant figurent le reboisement des bassins versants, la mise en place de pépinières et la gestion intégrée des ressources naturelles. Ces mesures visent à restaurer les écosystèmes et à limiter la dégradation des sols.
Elle insiste également sur la mobilisation communautaire, la sensibilisation et la formation des habitants des zones vulnérables afin de renforcer leur participation aux initiatives de prévention.
La gestion des déchets ménagers constitue un autre axe d'intervention, avec une attention particulière accordée à la participation des femmes et des jeunes.
Sur le plan institutionnel, Mimie Dimangja estime qu'une collaboration renforcée entre les autorités, les organisations de la société civile et les communautés est indispensable pour améliorer la prévention et respecter les normes environnementales.
Elle recommande notamment d'éviter les constructions dans les zones exposées, de réaliser des travaux de reboisement antiérosif, d'entretenir les rivières et les caniveaux et de mettre en place des mécanismes d'alerte précoce.
Pour les acteurs environnementaux, ces mesures doivent être accompagnées d'une meilleure planification urbaine et d'une gestion responsable des déchets afin de réduire la vulnérabilité des habitants.
« La résilience commence à la maison »
La célébration de la Journée internationale de la réduction des risques de catastrophe, ce 13 octobre 2026, est placée sous le thème « La résilience commence à la maison » (Resilience Starts at Home). Selon le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR), ce thème rappelle que la sécurité des familles dépend notamment de l'emplacement des habitations, de leur solidité et de la capacité des communautés à anticiper les dangers.
À l'échelle mondiale, le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe 2015-2030 constitue l'un des principaux instruments internationaux en la matière. Il appelle les États à mieux comprendre les risques, à renforcer leur gouvernance, à investir dans la prévention et à améliorer la préparation aux catastrophes ainsi que le relèvement après celles-ci. Il encourage également une participation inclusive des communautés, notamment des femmes, des jeunes et des personnes les plus vulnérables.
À Butembo, ces engagements prennent une dimension particulièrement urgente. Le décès de cette adolescente dans une carrière de sable rappelle que la prévention ne peut se limiter aux interventions après les drames. Elle nécessite une planification urbaine rigoureuse, la protection des écosystèmes, le contrôle des sites d'extraction et une sensibilisation permanente des habitants.
La réduction des risques de catastrophe exige ainsi une action concertée des autorités, des experts, de la société civile et des communautés pour protéger les vies humaines et construire une ville plus sûre et plus résiliente.