Par Denise Kyalwahi
L'Afrique francophone reste confrontée à d'importants défis en matière de recherche scientifique et de rayonnement universitaire. Claude Booyo Itaka, docteur et chercheur en relations internationales à l'Université de Kinshasa (UNIKIN) ainsi que chef de travaux à l'Université Pédagogique Nationale (UPN), dénonce le manque de visibilité des universités francophones dans le paysage scientifique africain et appelle à davantage d'investissements pour renforcer leurs capacités de recherche et leur présence sur la scène internationale.
« L'Afrique francophone est pratiquement dans un trou noir en matière de recherche », déplore Claude Booyo, attirant l'attention sur les difficultés auxquelles sont confrontées les universités francophones dans la production et la valorisation des connaissances scientifiques.
Une répartition inégale des pôles universitaires
Cette préoccupation trouve un écho dans une carte consacrée aux principaux pôles universitaires d'Afrique subsaharienne, élaborée à partir du classement mondial des universités QS 2026. Celle-ci met en évidence une répartition géographique inégale des établissements universitaires les mieux classés sur le continent.
Selon les chiffres présentés sur cette carte, 69 universités figurent parmi les établissements classés jusqu'à la 50ᵉ place, tandis que 19 autres sont répertoriées au-delà de ce rang. Plusieurs pôles universitaires importants se trouvent notamment en Afrique du Sud, au Nigeria, au Ghana, au Kenya et en Ouganda.
Cette configuration soulève des interrogations sur la place qu'occupent les universités francophones dans la recherche scientifique africaine, mais aussi sur les moyens à mobiliser pour améliorer leur compétitivité et leur visibilité à l'échelle internationale.
Des obstacles structurels à surmonter
Dans plusieurs pays francophones, les institutions universitaires font face à des contraintes structurelles qui limitent leurs performances scientifiques. Parmi les difficultés figurent notamment l'insuffisance des financements, le manque d'équipements modernes, l'accès limité aux ressources scientifiques et les possibilités restreintes de coopération internationale.
Ces obstacles peuvent freiner la production des connaissances, réduire le nombre de publications scientifiques et limiter la participation des chercheurs francophones aux grands débats scientifiques internationaux.
Pourtant, les universités africaines disposent d'un potentiel humain considérable. Elles jouent un rôle essentiel dans la recherche de solutions aux défis du développement, notamment dans les domaines de la santé, de l'agriculture, de l'environnement, des nouvelles technologies et de l'innovation.
Un appel à renforcer les investissements
Le constat soulevé par Claude Booyo remet au premier plan la nécessité de renforcer les politiques publiques en faveur de la recherche scientifique. L'augmentation des budgets alloués aux universités, la modernisation des laboratoires, le soutien aux jeunes chercheurs et le développement des partenariats entre institutions figurent parmi les pistes susceptibles d'améliorer les performances scientifiques du continent.
La République démocratique du Congo (RDC), à l'instar d'autres pays francophones, est également concernée par cet enjeu. Le renforcement des capacités de recherche de ses universités pourrait contribuer à améliorer la production scientifique nationale et à accroître la visibilité des chercheurs congolais à l'échelle internationale.
Au-delà des classements universitaires, la question fondamentale reste celle de la capacité des pays francophones à investir durablement dans la recherche, à valoriser leurs chercheurs et à transformer les connaissances scientifiques en un véritable moteur de développement.
Pour Claude Booyo, ce constat appelle à une prise de conscience afin que l'Afrique francophone sorte de cette zone d'ombre et occupe une place plus importante dans la recherche scientifique mondiale.