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Beni : 563 orphelins en difficulté à Kasindi et 100 cas de malnutrition enregistrés à Bulongo en deux mois

mer 21/10/2026 - 14:39
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Un enfant orphelin vivant avec la malnutrition à Kasindi-Lubirihya dans l'orphelinat Tukinge Yatima
Un enfant orphelin vivant avec la malnutrition à Kasindi-Lubirihya dans l'orphelinat Tukinge Yatima

Par Denise Kyalwahi

À Kasindi, 563 orphelins sont pris en charge par l'orphelinat Tukinge Yatima, tandis qu'à Bulongo, 100 cas de malnutrition aiguë ont été enregistrés en juillet et en août, dont 63 en août. Dans ce territoire du Nord-Kivu marqué par l'insécurité, les déplacements de populations et la précarité alimentaire, les acteurs locaux réclament une assistance urgente pour protéger les enfants.

La malnutrition gagne du terrain parmi les enfants dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu, où les conséquences des conflits armés fragilisent les familles. À Kasindi, les orphelins manquent de produits nutritionnels adaptés. À Bulongo, les structures sanitaires alertent sur l'augmentation des cas de malnutrition aiguë chez les enfants de moins de cinq ans.

Cette situation intervient alors que le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a récemment alerté sur la gravité de la faim en République démocratique du Congo (RDC).

À Kasindi, les orphelins confrontés au manque de produits nutritionnels

À Kasindi-Lubiriha, dans le territoire de Beni, Mme Kavugho Maliro Des Anges, responsable de l'orphelinat Tukinge Yatima, décrit une situation préoccupante. Son établissement accueille actuellement 563 orphelins, dont certains sont hébergés sur place et d'autres suivis en ambulatoire.

Depuis quatorze ans, l'orphelinat reçoit des enfants privés de soutien familial, notamment à la suite des violences armées et des déplacements de populations. Certains souffrent de malnutrition, tandis que d'autres sont confrontés à des problèmes de santé supplémentaires.

« La malnutrition est liée à l'insécurité et aux massacres à répétition. Les enfants sont parmi les premières victimes de cette situation, tout comme les femmes, dont certaines sont victimes de violences sexuelles », explique Mme Kavugho Maliro Des Anges.

La responsable déplore surtout le manque de produits indispensables au traitement de la malnutrition aiguë, notamment les laits thérapeutiques F-75 et F-100 ainsi que les aliments nutritionnels spécialisés.

« Le problème est critique à cause du manque de lait thérapeutique et d'autres produits nutritionnels. J'appelle le gouvernement à approvisionner les centres nutritionnels et les structures de santé afin que les enfants puissent bénéficier rapidement des traitements nécessaires », plaide-t-elle.

Parmi les enfants accueillis figurent également sept orphelins issus de la communauté pygmée de Mandumbi, qui, selon la responsable, ne disposent pas de solution familiale de réinsertion.

Pour elle, la réponse à la malnutrition doit aussi passer par le rétablissement de la paix, afin de permettre aux familles de regagner leurs villages et de reprendre leurs activités agricoles.

Bulongo : 63 cas de malnutrition enregistrés en août

À Bulongo, la situation inquiète également les professionnels de santé. Au centre de santé de référence, 37 cas de malnutrition aiguë sévère ont été enregistrés en juillet, contre 63 en août, soit un total de 100 cas en deux mois, selon un responsable sanitaire.

Les enfants âgés de zéro à cinq ans sont particulièrement touchés.

Le responsable sanitaire explique cette situation par les difficultés rencontrées par les familles retournées après les déplacements liés à l'insécurité. À leur retour, plusieurs ménages découvrent des champs envahis par la végétation et peinent à reprendre leurs activités agricoles.

« Lorsque les populations sont retournées, les débuts ont été très difficiles. Accéder aux champs constituait déjà un problème à cause de l'insécurité. Les champs avaient été envahis par la brousse et les familles vivaient dans des conditions précaires », témoigne-t-il.

Certains parents passent ainsi de longues heures aux champs pour tenter de subvenir aux besoins de leurs ménages, laissant leurs enfants à la maison sans garantie d'une alimentation suffisante.

« Les parents partent au champ vers 8 heures et rentrent vers 18 heures. Pendant ce temps, les enfants restent à la maison. C'est dans ces conditions que nous enregistrons de nombreux cas de malnutrition », ajoute-t-il.

Face à cette évolution, le responsable sanitaire appelle les partenaires humanitaires à renforcer leur soutien aux familles vulnérables et aux structures de santé.

La paix et l'aide nutritionnelle parmi les priorités

À Kasindi comme à Bulongo, les témoignages mettent en évidence les conséquences de l'insécurité sur l'alimentation des enfants. La perte des moyens de subsistance, les difficultés d'accès aux champs et le manque de produits nutritionnels aggravent la vulnérabilité des ménages.

Les acteurs locaux demandent au gouvernement congolais et aux partenaires humanitaires de renforcer l'approvisionnement en produits thérapeutiques et l'assistance aux familles affectées.

Pour Mme Kavugho Maliro Des Anges, le retour de la paix reste essentiel pour permettre aux populations de retrouver leurs terres et de produire leur propre nourriture.

Dans le territoire de Beni, la lutte contre la malnutrition ne dépend donc pas uniquement de la prise en charge médicale. Elle nécessite également un accès durable à l'alimentation, le soutien aux familles retournées et des conditions de sécurité permettant aux communautés de reconstruire leurs moyens de subsistance.

Mercredi 21 octobre 2026 - 14:39