Par Serge Mavungu
La prestation de serment de nouveaux techniciens anesthésistes-réanimateurs a marqué la célébration différée de la Journée mondiale de l’anesthésie, organisée lundi 26 octobre 2026 à Notre-Dame de Fatima, à Kinshasa. À cette occasion, le Conseil national des techniciens anesthésistes-réanimateurs (CNTAR) a remis au centre des discussions la nécessité de doter cette profession d’un cadre juridique garantissant la qualité des soins et la sécurité des patients en République démocratique du Congo.
Pour Justin Marius Kimbien, président du CNTAR, cette démarche doit aboutir à l’adoption d’une loi portant création, organisation et fonctionnement de l’Ordre des techniciens anesthésistes-réanimateurs. Il estime que la réglementation de la profession permettra de mieux définir les responsabilités des praticiens et de protéger la population contre les risques liés à une prise en charge insuffisamment encadrée.
« C’est la population qui en souffre par manque d’une meilleure qualité de prise en charge liée aux carences d’anesthésistes-réanimateurs à travers la République », a-t-il souligné, appelant les autorités à faire avancer le dossier législatif.
Le président du CNTAR insiste sur le fait que cette reconnaissance juridique ne doit pas être considérée comme une revendication réservée aux professionnels. Elle constitue, selon lui, un moyen de renforcer la sécurité des patients et de clarifier les conditions d’exercice de l’anesthésie-réanimation dans le pays.
Un manque de personnel qualifié dans plusieurs régions
Le manque de personnel spécialisé demeure l’un des défis majeurs du secteur. Selon Justin Marius Kimbien, la République démocratique du Congo compte moins de 5 000 techniciens anesthésistes-réanimateurs pour une population dépassant les 120 millions d’habitants. Il a néanmoins indiqué que l’État congolais avait recruté plus de 400 techniciens, tout en soulignant que les besoins restent importants.
Chef de travaux, médecin anesthésiste-réanimateur et directeur général de l’Hôpital public de référence tertiaire Jason Sendwe, à Lubumbashi, Mabala Kipulu Forman a, pour sa part, insisté sur la nécessité de renforcer la collaboration entre les médecins anesthésistes-réanimateurs et les techniciens anesthésistes-réanimateurs. Il a souligné le rôle essentiel de ces derniers dans la prise en charge des patients, particulièrement dans les zones où les spécialistes en anesthésie sont peu nombreux.
Il a également plaidé pour le renforcement de la formation et de l’encadrement des professionnels afin d’améliorer la sécurité des interventions médicales en République démocratique du Congo. Parmi les initiatives évoquées figurent un projet de création d’un institut supérieur de formation des techniciens anesthésistes-réanimateurs à Lubumbashi et l’octroi envisagé de bourses permettant à de jeunes professionnels de poursuivre leur formation, notamment à l’étranger, avant de revenir exercer dans le pays.
Mabala Kipulu Forman a par ailleurs insisté sur la nécessité de mieux encadrer l’exercice de la profession afin de lutter contre la présence de praticiens ne disposant pas des qualifications requises. Pour lui, la structuration des organisations professionnelles et l’adoption d’un cadre réglementaire doivent contribuer à mieux protéger les patients.
Des professionnels à intégrer davantage dans les programmes de santé
Au-delà de la réglementation, Justin Marius Kimbien plaide pour une participation accrue des techniciens anesthésistes-réanimateurs aux programmes nationaux de santé, notamment à la riposte contre la maladie à virus Ebola.
Il appelle les autorités sanitaires à reconnaître davantage leur rôle dans la prise en charge des urgences et des patients nécessitant des soins spécialisés. Selon lui, ces professionnels devraient être davantage associés aux dispositifs de préparation et de réponse aux urgences sanitaires.
Le président du CNTAR estime que la reconnaissance de leur expertise et leur implication dans les programmes de santé permettraient de mieux mobiliser les compétences disponibles face aux besoins du système sanitaire congolais.
Une cérémonie placée sous le signe de l’engagement professionnel
Célébrée chaque 16 octobre, la Journée mondiale de l’anesthésie a été commémorée à Kinshasa le 26 octobre, notamment pour permettre à de nouveaux membres d’intégrer la corporation à travers la prestation de serment.
Cette prestation constitue un engagement des nouveaux techniciens à exercer leur profession avec probité et à placer la vie humaine au centre de leurs responsabilités.
La cérémonie a également été marquée par l’installation du bureau provincial de Kinshasa du syndicat professionnel mis en place par le CNTAR. Cette initiative vise à mieux structurer la profession et à défendre les droits des techniciens anesthésistes-réanimateurs, tout en rappelant leurs devoirs.
Pour les responsables de la corporation, l’adoption d’un cadre juridique demeure une étape importante pour mieux réglementer la profession, renforcer les compétences et contribuer à la sécurité des patients en République démocratique du Congo.