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Ebola en RDC : JED alerte sur les ravages de la désinformation et la fragilité des médias

lun 02/11/2026 - 15:47
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Les journalistes et défenseurs de la liberté de la presse lors d'une manifestation à Kinshasa [photo d'illustration]
Les journalistes et défenseurs de la liberté de la presse lors d'une manifestation à Kinshasa [photo d'illustration]

Par Serge Mavungu

La lutte contre l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo ne se joue pas uniquement sur le terrain sanitaire. Elle dépend également de la qualité de l'information diffusée auprès des populations, dans un environnement où les rumeurs, les théories du complot et la méfiance peuvent compromettre les efforts de riposte. C'est l'une des principales préoccupations soulevées par Journalistes en danger (JED) dans son rapport annuel 2026, présenté lundi 2 novembre à Kinshasa.

Intitulé « Rumeurs, légendes et complotisme sur Ebola : les médias sous pression face au virus de la désinformation », ce document a été rendu public à l'occasion de la Journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre les journalistes. La cérémonie a réuni des professionnels des médias, des organisations de défense de la liberté de la presse, des représentants des institutions publiques et d'autres personnalités.

À travers cette publication, JED attire l'attention sur les difficultés rencontrées par les médias pour assurer leur mission d'information dans un contexte caractérisé par l'insécurité, la précarité économique des rédactions et la défiance d'une partie de la population envers les acteurs sanitaires.

L'organisation souligne que la désinformation ne constitue pas seulement un problème de communication. Elle peut avoir des conséquences directes sur la gestion d'une épidémie, en décourageant les populations de se rendre dans les structures de soins, en alimentant les soupçons contre les équipes sanitaires et en compliquant les opérations de surveillance et de suivi des contacts.

La situation est d'autant plus préoccupante que la RDC fait face à sa dix-septième épidémie d'Ebola, provoquée par le virus Bundibugyo, déclarée le 15 mai 2026. Selon les données officielles reprises dans le rapport, le bilan arrêté au 10 octobre faisait état de 8 978 cas confirmés, 4 336 décès et 2 356 guérisons dans sept provinces. À cette date, 945 personnes étaient en isolement ou hospitalisées.

Quand les rumeurs compromettent la riposte sanitaire

Le rapport analyse plusieurs mécanismes par lesquels la désinformation, lorsqu'elle se combine aux violences et aux difficultés d'accès aux soins, fragilise la réponse à l'épidémie.

L'un des exemples documentés concerne les attaques contre les structures de prise en charge. À Nia-Nia, l'incendie du centre de Bafwabongo, le 30 juin 2026, a provoqué la fuite de deux patients dont l'infection était confirmée et de sept autres personnes considérées comme des cas suspects.

Pour JED, ce type d'incident illustre les conséquences que peuvent avoir les violences sur la continuité des soins et le contrôle de la propagation de la maladie. L'organisation souligne également l'importance de distinguer les cas confirmés des cas suspects, afin d'éviter les amalgames susceptibles d'accentuer la peur et la stigmatisation.

Les médias, acteurs essentiels de la réponse

Face à cette situation, JED insiste

sur la responsabilité des médias dans la production et la diffusion d'informations vérifiées. Les radios de proximité occupent une place particulière dans cette démarche, en raison de leur capacité à communiquer directement avec les communautés et à relayer leurs préoccupations.

Le rapport cite notamment le consortium « Vérifier Pour Sauver », qui regroupe le CORACOPI, Eleza Fact et Afia-Amani Grands-Lacs Media. Il mentionne également les initiatives de formation associant Congo Check et Reporters sans frontières (RSF), ainsi que le CORACON et ses partenaires.

Ces expériences illustrent l'intérêt d'une collaboration entre journalistes, spécialistes de la vérification des faits et experts sanitaires pour réduire la circulation des informations trompeuses.

Quatre priorités pour renforcer l'information

Au terme de son analyse, JED formule plusieurs recommandations destinées à améliorer les conditions d'exercice du journalisme et la qualité de l'information en période de crise.

L'organisation préconise notamment le renforcement de la protection des journalistes et la lutte contre l'impunité, un accès plus équitable aux données sanitaires et budgétaires, ainsi qu'un soutien financier aux rédactions indépendantes.

JED plaide également pour une coopération accrue entre les radios, les structures de vérification des faits et les experts, afin de favoriser une information accessible, crédible et adaptée aux réalités des communautés.

À travers ce rapport, JED rappelle ainsi que la lutte contre la désinformation ne peut être dissociée de la protection de ceux qui produisent et diffusent l'information. Dans un contexte d'urgence sanitaire, préserver l'indépendance des médias et garantir la sécurité des journalistes constituent aussi des enjeux de santé publique.

Lundi 2 novembre 2026 - 15:47