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Nord-Kivu : MSF dénonce des restrictions qui privent les survivantes de violences sexuelles de soins essentiels

lun 02/11/2026 - 14:59
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Photo d'illustration
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Par la Rédaction

L'accès aux soins médicaux des victimes de violences sexuelles se heurte à de nouveaux obstacles dans la province du Nord-Kivu. Médecins Sans Frontières (MSF) tire la sonnette d'alarme sur des mesures qu'elle qualifie de néfastes et restrictives, imposées depuis plusieurs mois par les autorités de facto du FRN. Dans un communiqué de presse publié ce lundi 2 novembre 2026, l'organisation affirme que ces dispositions compromettent la prise en charge des survivantes et les exposent à des risques supplémentaires.

Selon MSF, les autorités de facto du Front pour la refondation de la nation (FRN), anciennement AFC/M23, dirigé par Joseph Kabila, ont introduit depuis le début de l'année 2026 des exigences qui entravent le travail des professionnels de santé et des organisations humanitaires. Ces mesures soulèvent notamment des préoccupations liées au secret médical, à l'éthique médicale, à la protection des victimes et à leur accès aux soins.

Parmi les restrictions dénoncées figure la reconnaissance des violences sexuelles uniquement chez les personnes présentant des blessures visibles. MSF évoque également l'imposition d'examens physiques intrusifs et médicalement inutiles, ainsi que l'obligation pour les victimes de se présenter à la police avant de solliciter une prise en charge médicale. L'accès aux soins serait, par ailleurs, limité aux personnes qui se présentent dans les 72 heures suivant l'agression.

L'organisation humanitaire dénonce aussi l'utilisation de formulaires comportant des questions jugées intrusives et sans rapport avec le traitement médical. Ces documents exigeraient notamment les noms et adresses des survivantes ainsi que des informations sur les auteurs présumés. D'après MSF, certaines patientes auraient également été interrogées ou menacées afin de les dissuader de fréquenter les structures sanitaires soutenues par les organisations humanitaires.

Les conséquences de ces dispositions seraient déjà perceptibles dans plusieurs établissements sanitaires du Nord-Kivu. MSF rapporte une baisse de 41 % du nombre de personnes ayant sollicité des soins pour violences sexuelles en août 2026, comparativement à janvier de la même année. Dans d'autres structures soutenues par l'organisation, les consultations seraient passées d'environ 80 victimes et survivantes prises en charge chaque mois en 2025 à seulement neuf par mois en 2026. L'organisation affirme également que des dizaines d'enregistrements de consultations ont été effacés dans certains centres de santé.

« Une baisse du nombre de cas signalés ne signifie pas que les violences sexuelles sont en recul. Cela signifie simplement que les victimes se heurtent à des obstacles pour accéder à des soins sûrs et confidentiels », alerte Akke Boere, directrice des opérations chez MSF. Elle estime que la priorité devrait être de supprimer les obstacles à la prise en charge, de renforcer la protection des victimes et leur accès à la justice, plutôt que de maintenir des restrictions susceptibles d'aggraver leur situation.

Face à cette situation, MSF indique avoir engagé un dialogue régulier avec les autorités de facto, y compris avec leur direction. Ces échanges auraient abouti, en octobre 2026, à des engagements visant à corriger les problèmes soulevés. Toutefois, l'organisation affirme que les mesures correctives annoncées n'ont toujours pas été mises en œuvre et que les restrictions restent en vigueur. Elle appelle ainsi le FRN à prendre des mesures immédiates pour garantir des soins accessibles, confidentiels et adaptés aux besoins des survivantes.

Au-delà des restrictions administratives et sanitaires dénoncées, MSF rappelle l'ampleur des besoins liés aux violences sexuelles dans l'est de la RDC. L'organisation indique avoir pris en charge près de 45 000 victimes et survivantes en 2024, puis 53 000 en 2025 dans les structures qu'elle soutient à travers le pays. Pour le premier semestre 2026, ses équipes déclarent avoir soigné plus de 19 400 personnes victimes de violences sexuelles dans le seul Nord-Kivu. Ces chiffres illustrent l'importance de préserver l'accès aux services médicaux, alors que l'organisation considère que la prise en charge ne devrait jamais être conditionnée au dépôt préalable d'une plainte ou au signalement aux autorités.

Lundi 2 novembre 2026 - 14:59