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Numérisation des archives coloniales du Africa Museum : la Belgique refuse un accès privilégié à KoBold sur des données minières stratégiques de la RDC

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Vue extérieure du Africa Museum, à Tervuren, en Belgique [photo d’illustration]
Vue extérieure du Africa Museum, à Tervuren, en Belgique [photo d’illustration]

Par Prosper Buhuru

Dans les réserves sécurisées du Africa Museum à Tervuren, des kilomètres de documents issus de l’époque coloniale sont aujourd’hui au cœur d’un différend à forte portée géopolitique. Ces archives, incluant rapports de missions, cartes détaillées, relevés géologiques produits notamment par des sociétés minières actives au Congo belge, pourraient contenir des indications précieuses sur la localisation de minerais désormais considérés comme stratégiques, tels que le lithium, le cobalt ou le cuivre.

Selon nos confrères d’actualites.cd, ce patrimoine scientifique alimente un bras de fer discret entre la Belgique, la République démocratique du Congo et la société américaine KoBold Metals.

Depuis deux ans, les autorités belges ont lancé un programme structuré de numérisation de ces fonds, soutenu par un financement européen. L’objectif est clair : digitaliser, classer et rendre progressivement accessibles les documents dans un cadre public, scientifique et non exclusif. Les données doivent bénéficier à la recherche, aux institutions congolaises compétentes et, le cas échéant, aux acteurs économiques, dans le respect des règles belges et européennes.

KoBold Metals, entreprise spécialisée dans l’exploration minière appuyée par l’intelligence artificielle, souhaite pour sa part participer directement à la numérisation, afin d’accélérer la cartographie des ressources africaines en minerais critiques. Un accord de principe a été signé à Kinshasa entre le ministre congolais des Mines, Kizito Pakabomba, et le directeur général de KoBold en RDC, Benjamin Katabuka. Il prévoit notamment le déploiement d’une équipe au sein des archives conservées en Belgique. En parallèle, la société américaine a obtenu sept permis de recherche en RDC couvrant plus de 1 600 kilomètres carrés, renforçant ainsi son positionnement stratégique dans le pays.

Du côté belge, la position est ferme. La direction du musée et les autorités fédérales excluent toute délégation complète du processus de numérisation à une entreprise privée étrangère. Le principe invoqué est double : préserver le caractère public des archives et garantir l’égalité d’accès. Confier la gestion intégrale de la digitalisation à une société privée reviendrait, selon Bruxelles, à créer un avantage compétitif difficilement conciliable avec les normes encadrant la gestion des fonds patrimoniaux publics. Les responsables belges rappellent que ces archives doivent demeurer consultables par la communauté scientifique et le grand public, sans exclusivité ni privilège commercial.

Le différend dépasse largement la question technique de la numérisation. Les documents concernés pourraient éclairer l’exploitation de miner.

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Lundi 16 février 2026 - 08:09