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RDC : un trou budgétaire dès janvier ravive les inquiétudes sur la stabilité monétaire

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Par Patrick Kitoko

La République démocratique du Congo entame l’année 2026 sous tension budgétaire. Dès le mois de janvier, l’État enregistre un déficit de trésorerie de 1 037,5 milliards de francs congolais, soit près d’un demi-milliard de dollars américains. Ce montant dépasse d'environ 350 milliards CDF les prévisions initiales pour ce premier mois de l’exercice.

Au-delà des chiffres, l’enjeu est macroéconomique. La manière dont ce déficit sera financé pourrait avoir des répercussions sur l’inflation, le coût du crédit et la stabilité du franc congolais.

Les recettes publiques n’ont pas atteint les objectifs fixés. L’État tablait sur une mobilisation de 1 895,6 milliards CDF en janvier. Les encaissements effectifs se sont limités à 1 632,1 milliards CDF, soit 86 % des prévisions. Le manque à gagner atteint 263 milliards CDF sur un seul mois, un écart suffisant pour déséquilibrer immédiatement la trésorerie publique.

Cette contre-performance met en lumière des fragilités structurelles persistantes. L’économie congolaise demeure largement informelle, réduisant la base taxable. Les exonérations fiscales, la fraude et la difficulté à élargir l’assiette fiscale limitent également le rendement des recettes. La pression fiscale repose ainsi sur un nombre restreint d’entreprises formelles, ce qui rend les prévisions ambitieuses difficiles à atteindre.

Dans le même temps, les dépenses ont dépassé le plafond mensuel programmé. Les décaissements de janvier s’élèvent à 2 669,6 milliards CDF, soit 103,3 % des prévisions mensuelles. Le dépassement, relativement modeste en pourcentage, intervient toutefois dans un contexte de recettes en retrait, accentuant mécaniquement le déséquilibre.

L’écart entre les entrées et les sorties de fonds se traduit ainsi par un déficit de trésorerie supérieur à 1 000 milliards CDF dès le premier mois de l’année, réduisant d’emblée les marges de manœuvre pour la suite de l’exercice budgétaire.

La question centrale porte désormais sur le financement de ce déficit. Trois mécanismes sont généralement mobilisés : les avances de la Banque centrale du Congo, assimilables à une création monétaire ; l’endettement intérieur, notamment via l’émission de bons du Trésor ; des ajustements de trésorerie sur les comptes publics, qui consistent à différer certains paiements.

Chacune de ces options comporte des risques. Le recours au financement monétaire peut alimenter la hausse des prix en injectant davantage de liquidités dans l’économie. L’endettement intérieur, de son côté, peut réduire la liquidité disponible pour le secteur privé et renchérir le coût du crédit. Quant aux ajustements de trésorerie, ils soulagent à court terme mais déplacent la pression sur les mois suivants.

Ce déficit précoce constitue un premier test pour la discipline budgétaire en 2026. Un début d’année plus dégradé que prévu complique la trajectoire annuelle et oblige le gouvernement à arbitrer rapidement entre plusieurs leviers, freiner certaines dépenses, améliorer la collecte des recettes ou accroître le recours au financement interne.

Dans tous les cas, les effets pourraient se faire sentir sur le pouvoir d’achat des ménages. Une éventuelle reprise de l’inventaire ou une pression accrue sur le taux de change pèserait directement sur le coût de la vie.

Janvier 2026 apparaît ainsi comme un signal d’alerte. La gestion des prochains mois déterminera si ce dérapage reste ponctuel ou s’il marque le début d’une année budgétaire sous haute tension.

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Jeudi 12 février 2026 - 21:28