Afrique : mandat sombre de Félix Tshisekedi à la tête de l'Union Africaine

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Le Président de la Commission de l'Union Africaine, Moussa Fakhi (à gauche) remet la charte de l'Union Africaine à son  nouveau président, Félix Tshisekedi (à droite)
Le Président de la Commission de l'Union Africaine, Moussa Fakhi (à gauche) remet la charte de l'Union Africaine à son nouveau président, Félix Tshisekedi (à droite)

Par Gabin K. 

C’est en principe le 1er janvier 2022 que le 19ème président en exercice de l’Union Africaine rendra son tablier afin de préparer la séance de remise et reprise le mois prochain, en février. Contrairement à son successeur Cyril Ramaphoza, Félix Tshisekedi a nourri un ambitieux programme avec un contenu riche de 9 points. Le successeur du président Sud-Africain aura récolté un mandat totalement parsemé d'embûches, des crises artificielles et naturelles. Le chef de l'État Congolais est ruiné par nombreux et innombrables problèmes à l'interne avec les mouvements rebelles, à l'externe par les conflits entre pays de la région, coup d'État et des tueries.

Le mandat de Félix Tshisekedi à la tête de l'Union africaine est loin d'être un fleuve tranquille. Il paraît sombre, car ponctué d'événements dramatiques tant sur l'échiquier continental qu'au niveau des pays membres. Lesquels événements appellent normalement à des prises de position courageuses de la part de celui qui a le destin du peuple africain en général entre ses mains.

De ce côté, Félix Tshisekedi se fait encore attendre. Il est très attendu dans le conflit qui déchire l'Ethiopie, en proie à une guerre de rébellion visant principalement le renversement du pouvoir en place et l'indépendance de la région du Tigré.  

 Vers la délocalisation du siège de l'UA ?

La guerre en Ethiopie affecte plus particulièrement l'Union africaine (UA) qui tient son siège à Addis-Abeba, capitale de ce pays d'Afrique de l'Est. La ville est désormais sous la menace des rebelles qui se pointent à 200Km et qui ne dissimulent plus leur intention de marcher sur la capitale de l'Afrique. Conséquence directe : l'UA, pour la toute première fois de son histoire, pourrait voir son siège être délocalisé, tant sa sécurité à Addis-Abeba n'est plus garantie.

Quand l'on sait qu'à cause de l'insécurité provoquée par les forces rebelles, un Chef de l'Etat, Idriss Deby, a été tué en avril dernier, alors que celles-ci se pointaient à 300Km de N'djamena, capitale du Tchad, il y a vraiment lieu de craindre le pire. Et ce meurtre a aussi assombri le mandat de Félix Tshisekedi, obligé de composer avec deux juntes militaires qui se sont emparées du pouvoir au Mali et en Guinée Conakry. Faire taire les armes en Afrique, l’un de 9 points clés de son mandat, ne serait-ce un vœu pieux de Fatshi ?

Si la CEDEAO garde un œil vigilant sur les engagements relatifs à la période de transition dans ces deux pays et manifeste une certaine inquiétude sur la sécurité de l'ancien Président guinéen Alpha Condé, l'on ne peut dire autant de l'UA qui s'est contentée de publier un communiqué laconique condamnant "toute prise de pouvoir par la force" et "demandant la libération immédiate du Président Alpha Condé".

Ce dernier cependant se trouve jusqu'alors dans un lieu tenu secret et son sort est entre les mains de la justice guinéenne, à en croire l'actuel Président de Guinée Mamadi Doumbouya qui s'est entretenu récemment avec Alain Foka de la RFI. Quoi que l'UA ne peut s'immiscer dans les affaires internes d'un État membre et souverain, elle a cependant ce pouvoir de dynamiser sa diplomatie pour des solutions apaisées et bénéfiques pour l'Afrique.

Tshisekedi, un mutisme inquiétant 

Au cours de son mandat à la présidence à l'UA, Félix Tshisekedi a eu la salvatrice idée d'organiser, sous sa médiation, un sommet tripartite entre l'Égypte, l'Éthiopie et le Soudan. Objectif : trouver une issue heureuse aux dissensions entre ces 3 pays. Au cœur de celles-ci: le barrage de la Renaissance et les eaux du Nil. Si la médiation de Fatshi a été saluée par d'aucuns, elle n'a cependant pas produit des résultats escomptés, tant chaque partie est restée campée sur sa position. Résultat: Échec.

Et, si l'on ne peut condamner le Président en exercice de l'UA d'avoir échoué, des esprits lucides ne s'expliquent cependant pas son mutisme face aux événements dramatiques de grande envergure qui menacent la sécurité et l'avenir du continent. Son mutisme inquiète au point de susciter, dans le chef d'un analyste, cette interrogation: "Pourquoi le Président ne tient aucun discours envers le peuple africain?". Il dit attendre de Félix Tshisekedi des initiatives à la taille des enjeux auxquels l'Afrique est confrontée.

 État de siège contrastant 

Au pays, le Président Félix Tshisekedi n'est pas du tout tranquille à cause surtout de l'insécurité grandissante à l'Est de la RDC, où sévissent de nombreuses forces négatives. Ces dernières, depuis plus de deux décennies, ont endeuillé des millions de Congolais au point de pousser Fatshi à taper le poing sur la table et à décréter l'Etat de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri. Objectif : mettre fin au cycle de violences interminables dans la partie orientale de la RDC.

Près de 6 mois après, les résultats sont visiblement mitigés, tant les ADF et leurs compairs continuent de faire couler le sang des paisibles citoyens Congolais. Pour manifester leur mécontentement face à la situation sécuritaire toujours chaotique, les députés de ces deux provinces ont levé l'option de ne plus participer aux plénières devant décider de la prorogation de l'Etat de siège. Et les assurances leur données récemment par Félix Tshisekedi n'ont pas été suffisantes pour les dissuader.

A cette insécurité se sont ajoutées deux incursions successives, témoignant de la passivité des frontières congolaises.

La première, œuvre de l'armée rwandaise, a eu lieu le 18 octobre dernier, à Kibumba, en territoire de Nyiragongo dans le Nord-Kivu, et la seconde, perpétrée par un groupe rebelle non autrement identifié, s'est produite le 3 novembre à Bukavu.

Contraste : tous ces faits malheureux se produisent dans des provinces sous administration militaire et donc sensées être les mieux sécurisées du pays.

Covid-19, le trouble-fête

Au mandat de Félix Tshisekedi, la Covid-19 joue le rôle d'un véritable trouble-fête. Ce virus, arrivé en Afrique début 2019, a provoqué une crise multiforme plongeant le continent en général dans une situation économique chaotique. Ses effets, qui se font encore ressentir jusqu'à présent, sont loin de s'estomper.

Et, le Président Félix Tshisekedi a été de tous les combats pour tenter de trouver des solutions idoines aux problèmes africains provoqués par la Covid-19. S'il a pu obtenir des vaccins des mains des occidentaux pour lutter contre le nouveau coronavirus, grâce au mécanisme de Covax, il lui incombe de multiplier des stratégies pour la relance de l'économie africaine post-Covid. La posture adoptée par le président avait tendance à négliger les efforts fournis par les scientifiques africains qui ont inventé des médicaments anti covid-19. Ces médicaments déjà homologués pour la plupart ont manqué de parrain capable de les défendre devant les puissants laboratoires pharmaceutiques mondiaux.