Par Prosper Buhuru
Les États-Unis d’Amérique ont appelé, jeudi 22 janvier 2025, à Washington, au retrait immédiat des forces rwandaises de la République démocratique du Congo et à la fin de tout soutien au M23-AFC, lors d’une séance officielle du Congrès américain consacrée à la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC.
S’exprimant devant les parlementaires, la sous-secrétaire adjointe aux Affaires africaines, Sarah Troutman, a affirmé que Washington veillera personnellement au respect des engagements pris dans le cadre des Accords de Washington, conclus sous l’égide du Président Donald Trump. Elle a souligné que, malgré un retrait partiel du M23-AFC d’Uvira, les États-Unis n’avaient toujours pas constaté le repli complet des forces concernées à 75 kilomètres, jusqu’à Kamanyola, comme exigé en décembre 2024.
Sarah Troutman a également évoqué de graves préoccupations humanitaires, faisant état de rapports sur des attaques de représailles contre les Banyamulenge, communauté tutsie congolaise, ainsi que contre d’autres civils accusés de soutenir le M23-AFC, notamment par des groupes armés locaux. Elle a rappelé que cette situation s’inscrit dans un contexte plus large marqué par près d’un an d’occupation de Goma et Bukavu, deux villes stratégiques des Kivus, où les populations civiles ont subi des exactions, des exécutions et de multiples abus.
Sur le plan sécuritaire, la responsable américaine a accusé Kigali de poursuivre son soutien au M23-AFC et de maintenir une présence militaire directe sur le territoire congolais. Selon les chiffres avancés lors de l’audition, entre 5 000 et 7 000 soldats rwandais seraient actuellement déployés dans l’Est de la RDC, en violation de la souveraineté congolaise. Elle a également relevé, côté congolais, la poursuite présumée de collaborations entre l’armée congolaise et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), soulignant que « les deux parties ont pris des engagements qui n’ont pas été respectés ».
De son côté, le représentant américain Ronny Jackson a estimé que l’intégration des combattants du M23-AFC au sein des forces de sécurité congolaises constituait une étape incontournable vers une paix durable. Selon lui, il est peu réaliste d’imaginer que des combattants aguerris par des années de conflit acceptent une simple reconversion civile. Cette question de l’intégration, a précisé Sarah Troutman, est désormais prise en charge dans le cadre des discussions conduites à Doha, en réponse aux insistances du parlementaire.
La dimension politique et inclusive du processus de paix a également été soulevée. Le congressman Jonathan Jackson a interrogé l’administration américaine sur l’absence de la société civile, notamment des organisations dirigées par des femmes, dans les pourparlers officiels. Une interpellation qui met en lumière les limites perçues du plan de paix soutenu par Washington.
En conclusion de l’audition, les responsables américains ont insisté sur le changement de posture de la communauté internationale, jugée jusque-là « faible et indifférente » face aux violences politiques dans la région des Grands Lacs.
« Grâce au président Trump, cette réaction est désormais ferme et soutenue. Veiller à ce que la RDC et le Rwanda respectent les Accords de Washington est essentiel à une paix durable », a déclaré Sarah Troutman.
Cette prise de position marque un durcissement clair du discours américain sur la crise dans l’Est de la RDC, en liant désormais toute perspective de paix au respect strict des engagements sécuritaires, politiques et diplomatiques pris dans le cadre des Accords de Washington.