Propos recueillis par Denise Kyalwahi
À la veille de la clôture de la 65e session du GIEC à Addis-Abeba, l'expert congolais Jean-Paul Bya'undaombe Longye interpelle. Justice climatique, faiblesse de la diplomatie congolaise et accaparement des financements climatiques: il livre son diagnostic sans filtre.
Agronome, chercheur et expert en agriculture durable, Jean-Paul Bya'Undaombe Longye est l'une des voix congolaises les plus écoutées sur les questions climatiques. En marge de la 65e session du GIEC, il revient pour Opinion-Info.cd sur les enjeux de justice climatique pour la RDC.
Opinion-Info : Quelles sont les vraies priorités pour l'Afrique à ce GIEC-65 ?
Jean-Paul Bya'Undaombe Longye : La priorité, c'est de cesser de considérer la RDC uniquement comme une forêt. Oui, nous avons le bassin du Congo. Mais nous avons surtout des populations qui ont faim, qui n'ont pas d'énergie, dont l'agriculture est déréglée. Le GIEC doit lier la science aux réalités vécues. Pour l'Afrique, les priorités sont claires: la justice climatique, l'adaptation, les pertes et préjudices, et surtout, la participation des chercheurs africains aux rapports. Aujourd'hui, nous subissons les évaluations, nous ne les produisons pas. Nos revendications sont simples: un financement climatique accessible, prévisible et adapté aux réalités locales.
Opinion-Info : Vous dénoncez souvent la faible préparation de la RDC avant les COP. Pourquoi ?
Jean-Paul Bya'undaombe Longye : C'est un problème de gouvernance. Une COP ne se prépare pas à Belém ou à Dubaï. Elle se prépare 8 mois avant à Kinshasa. Quand nous arrivons sans position nationale consolidée, sans propositions techniques chiffrées, nous sommes inaudibles. La diplomatie climatique, ce n'est pas défiler avec un badge. C'est avoir des négociateurs formés, des projets crédibles. Je plaide pour des consultations nationales permanentes, réunissant ministères, universités, société civile, jeunes, femmes et communautés locales. Les ONG font un travail remarquable, mais elles ne peuvent pas remplacer l'État. Nous devons travailler en complémentarité.
Opinion-Info : Le GIEC prend-il réellement en compte les savoirs traditionnels ?
Jean-Paul Bya'Undaombe Longye : Pas assez. Et c'est une erreur scientifique. Les communautés qui vivent dans nos forêts depuis des générations connaissent les saisons, les sols, l'eau mieux que n'importe quel satellite. Un agriculteur de l'Équateur voit le décalage des semis, l'arrivée d'un nouveau ravageur. C'est une donnée climatique. Il ne faut pas opposer science moderne et savoirs traditionnels. Il faut organiser leur dialogue. Le GIEC a d'ailleurs organisé en février 2026 un atelier sur ce sujet. Pour la RDC, nos universités doivent aller documenter ces savoirs dans les villages, les confronter à la science et les intégrer dans nos plans d'adaptation. Les populations locales ne sont pas de simples bénéficiaires, ce sont des détentrices de solutions.
Opinion-Info : La COP30 au Brésil a promis 1.300 milliards de dollars par an d'ici 2035. Qu'est-ce que la RDC peut vraiment en espérer ?
Jean-Paul Bya'Undaombe Longye : Attention aux chiffres. Ce sont des objectifs de mobilisation, pas de l'argent déjà dans les caisses. La COP30 a surtout acté le triplement du financement de l'adaptation d'ici 2035. La question pour la RDC n'est pas combien on annonce, mais combien on arrive à Yangambi, à Mbandaka, à Bukavu. Cet argent peut servir à restaurer nos forêts, protéger nos tourbières, développer une agriculture résiliente et l'accès à l'énergie propre. Mais il n'arrivera pas seul. La RDC doit muscler sa capacité à monter des projets bancables, coordonner ses ministères et exiger l'accès direct pour ses organisations locales. Je le dis clairement : la protection du bassin du Congo ne peut pas reposer uniquement sur les sacrifices des communautés congolaises. Elle doit s'accompagner de financements justes, de transferts de technologies et d'emplois verts. Sinon, c'est de l'injustice climatique.
Opinion-Info : Justement, cet argent arrive-t-il aux communautés locales et aux peuples autochtones ?
Jean-Paul Bya'Undaombe Longye : C'est la question centrale. Et la réponse est non, pas suffisamment. Les procédures sont trop complexes, trop techniques. Entre l'annonce à Belém et le village, il y a 10 intermédiaires. L'information ne circule pas. Il faut arrêter de mesurer le succès au montant décaissé. Il faut le mesurer en vies changées: combien de femmes soutenues ? Combien de terres restaurées ? Combien de ménages résilients aux inondations ? Je recommande trois choses pour tout projet en RDC: un mécanisme transparent de partage des bénéfices, une participation des communautés dès la conception, et un suivi public de chaque dollar dépensé. La RDC ne doit pas juste attirer des financements au nom de ses forêts. Elle doit s'assurer que ces financements réduisent la pauvreté.