Par Prosper Buhuru
L’Assemblée nationale a clôturé officiellement, ce lundi 15 décembre 2025, au Palais du Peuple à Kinshasa, la session ordinaire de septembre, ouvrant ainsi la période des vacances parlementaires pour les députés nationaux. Mais pour les élus du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, cette séquence institutionnelle pose une question aussi sensible que centrale : où exercer le devoir de proximité avec leurs électeurs lorsque leurs circonscriptions restent sous l'occupation des rebelles du M23-AFC, soutenus par le Rwanda
En temps normal, les vacances parlementaires constituent un moment clé de redevabilité démocratique. Les députés retournent dans leurs bases électorales pour écouter les populations, évaluer les politiques publiques et préparer les prochaines initiatives législatives. Or, dans plusieurs territoires et villes de l’Est de la République démocratique du Congo, notamment au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, cette pratique est rendue quasi impossible par la situation sécuritaire.
Pour ces élus, regagner leurs fiefs représente soit un risque sécuritaire majeur, soit une impossibilité matérielle. Certains territoires sont difficilement accessibles, d’autres sont administrés de facto par des forces non étatiques, réduisant ainsi la marge d’action politique et institutionnelle des représentants élus. La présence effective de l’État y demeure limitée, ce qui prive les députés de leur cadre naturel d’intervention.
Face à cette réalité, plusieurs scénarios se dessinent. Certains parlementaires devraient rester à Kinshasa, transformant les vacances parlementaires en période de consultations politiques et diplomatiques informelles, notamment avec le gouvernement, les partenaires internationaux ou les organisations de la société civile. D’autres pourraient se replier vers des zones jugées plus stables, notamment dans des villes non occupées ou dans des provinces voisines, où se trouvent des déplacés internes originaires de leurs circonscriptions. Ces espaces deviennent alors des substituts temporaires de représentation populaire.
Cette situation soulève néanmoins une interrogation institutionnelle plus large : comment garantir l’effectivité du mandat parlementaire lorsque le lien territorial entre l’élu et sa base est rompu par la guerre ? À terme, le risque est réel de voir s’installer une représentation à distance, contrainte, qui affaiblit le principe même de proximité démocratique consacré par la Constitution.
La clôture de la session de septembre 2025, actée à travers la plénière convoquée ce 15 décembre, met ainsi en lumière une fracture silencieuse au sein du Parlement. D’un côté, des députés appelés à retourner normalement vers leurs électeurs ; de l’autre, ceux de l’Est du pays, contraints de redéfinir le sens et le lieu de leurs vacances parlementaires dans un contexte d’insécurité persistante. Plus qu’un simple agenda institutionnel, cette période devient pour eux un révélateur des limites actuelles de l’autorité de l’État et de l’urgence d’une solution durable à la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC.