Par Patrick Kitoko
Le professeur Jean-Jacques Muyembe tire la sonnette d'alarme. Alors que la République démocratique du Congo poursuit sa lutte contre la maladie à virus Ebola, le coordonnateur du Secrétariat technique de la riposte a appelé, mardi à Bunia, au renforcement durable du système de santé et de la surveillance épidémiologique pour permettre une détection rapide de nouvelles flambées.
À l'issue de sa mission à Bunia, menée dans le cadre de la réponse à l'épidémie, le professeur Muyembe a estimé que la menace reste persistante. Selon lui, la circulation du virus dans l'environnement congolais laisse présager la survenue de nouveaux épisodes épidémiques.
« Des épidémies d'Ebola vont encore survenir, parce que le virus continue à circuler », a-t-il déclaré, appelant ainsi les autorités sanitaires à ne pas relâcher les efforts après la maîtrise d'une flambée.
Pour le scientifique congolais, l'une des principales réponses à cette menace passe par un système de surveillance épidémiologique suffisamment performant pour identifier rapidement les cas suspects et déclencher sans délai les mécanismes de riposte. Cette stratégie doit notamment permettre de renforcer les capacités des structures sanitaires locales et de maintenir un niveau élevé de vigilance face aux maladies à potentiel épidémique. L'objectif est de réduire autant que possible le délai entre l'apparition des premiers cas et la mise en œuvre des mesures de contrôle.
Au cours de sa mission, Jean-Jacques Muyembe a par ailleurs salué plusieurs innovations mises en œuvre sur le terrain dans le cadre de la riposte. Il a notamment relevé les efforts réalisés dans la distribution d'eau ainsi que la construction rapide des CTE - centres de traitement d'Ebola.
Mais ces avancées ne doivent pas faire oublier les risques auxquels restent exposés les professionnels de santé. Le professeur Muyembe a ainsi insisté sur la nécessité de renforcer les mesures de PCI - prévention et contrôle des infections - dans les formations sanitaires. La protection du personnel médical constitue, selon lui, une priorité absolue dans toute réponse à une épidémie d'Ebola. Les médecins, infirmiers et autres agents de santé figurent parmi les personnes les plus exposées au virus lorsqu'ils sont en contact avec des patients infectés.
« Je ne voudrais plus entendre qu'après notre passage ici, il y a encore un médecin ou un infirmier qui est infecté », a lancé le docteur Muyembe, traduisant l'urgence de renforcer les mesures de protection dans les établissements de santé.
À travers cet appel, le coordonnateur du Secrétariat technique de la riposte plaide pour une approche qui dépasse la seule gestion des flambées. Il s'agit désormais de consolider les acquis, d'investir dans les capacités locales et de maintenir une surveillance permanente afin d'anticiper les prochaines menaces sanitaires.
Pour la RDC, régulièrement confrontée aux épidémies, l'enjeu consiste donc à transformer l'expérience accumulée lors des différentes ripostes en un dispositif sanitaire capable de détecter, contenir et prendre rapidement en charge toute nouvelle apparition du virus Ebola.