Guerre dans l’Est de la RDC : la reconnaissance de Kigali sur l’AFC/M23 rebat les cartes diplomatiques [Opinion]

Catégorie
Image
Mathilde Mukantaba, ambassadrice du Rwanda aux États-Unis d’Amérique [photo d’illustration]
Mathilde Mukantaba, ambassadrice du Rwanda aux États-Unis d’Amérique [photo d’illustration]

Par la Rédaction

La déclaration de la diplomatie rwandaise devant le Congrès américain, la semaine dernière, continue de susciter de nombreuses réactions dans l’Est de la République démocratique du Congo. En cause : la reconnaissance, par Kigali, d’une coopération avec l’AFC/M23, s’inscrivant dans une logique de protection des populations tutsies et de prévention de violences à caractère génocidaire.

Cette prise de position publique, exprimée par l’ambassadrice du Rwanda aux États-Unis, Mathilde Mukantaba, est perçue par plusieurs acteurs congolais comme un tournant politique et diplomatique. Pour eux, elle engage désormais clairement la responsabilité du Rwanda dans les violences documentées dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ; notamment les atteintes graves aux droits humains signalées depuis la détérioration de la situation sécuritaire.

Au Nord-Kivu, le président du Conseil provincial de la jeunesse, Emery Malinga, estime que cette déclaration constitue un élément nouveau dans le dossier. Il y voit une opportunité pour accélérer la mise en œuvre des mécanismes internationaux de sanction déjà adoptés à l’encontre du Rwanda, en particulier certaines dispositions prévues par les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

Selon lui, cet aveu public lève toute ambiguïté sur les responsabilités et devrait ouvrir la voie à l’application effective des instruments juridiques internationaux, notamment en ce qui concerne les crimes graves commis contre les civils. Il souligne, par ailleurs, que la jeunesse, fortement touchée par ces violences, attend désormais des actes concrets, tant sur le plan judiciaire que sur celui des réparations.

Une analyse partagée par le Collectif des Victimes de l’Agression Rwandaise (CVAR). Pour cette organisation, la déclaration de Kigali ne fait que confirmer une réalité déjà observée sur le terrain depuis plusieurs années. Elle considère, toutefois, que cette reconnaissance officielle renforce la crédibilité des démarches engagées par les victimes auprès des instances nationales et internationales.

Le secrétaire exécutif adjoint du CVAR, Patient Komayombi, appelle le Gouvernement congolais à capitaliser sur cet élément dans sa stratégie diplomatique. Il estime que Kinshasa devrait s’appuyer sur cette déclaration pour clarifier certaines zones d’ombre dans les processus de paix en cours et renforcer ses plaidoyers auprès de ses partenaires internationaux.

Tout en rejetant les justifications avancées par Kigali, qu’il juge sans lien avec les souffrances des populations civiles, le CVAR insiste sur la nécessité de poursuites judiciaires contre les auteurs présumés des crimes documentés, ainsi que sur le droit des victimes à la vérité, à la justice et à la réparation.

Mardi 27 janvier 2026 - 23:08