Par Serge Mavungu
La crise du logement en RDC atteint des sommets alarmants. Les loyers exorbitants, les conditions de vie indignes et les abus des propriétaires et des agences immobilières ont poussé un citoyen congolais à interpeller le Ministre de l'Habitat et de l'Urbanisme, Alexis Gisaro Muvunyi. Dans une lettre ouverte, il dénonce l'inaction de l'État face à cette situation et exige des mesures concrètes pour protéger les locataires et réguler le marché immobilier. Il souligne que le logement est un droit fondamental et que l'État a l'obligation de protéger les citoyens contre les abus.
Ci-dessous, l’intégralité de la lettre ouverte adressée au ministre de l’urbanisme et habitat, Alexis Gisaro
Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur le Ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Monsieur Alexis Gisaro Muvunyi
Son Excellence Monsieur le Ministre,
Je prends la plume aujourd’hui en tant que citoyen congolais et locataire pour vous interpeller sur une situation devenue insupportable : la flambée incontrôlée des loyers et le non-respect des règles en matière de garantie locative sur l’ensemble du territoire national, particulièrement dans les grandes villes.
Les loyers atteignent des niveaux totalement déconnectés du pouvoir d’achat du Congolais moyen. Des maisons parfois insalubres, sans eau potable ni électricité stable, sont proposées à des prix comparables à ceux des pays développés. Cette situation n’est ni normale ni juste.
Plus grave encore, les propriétaires et agences immobilières exigent couramment six, dix voire douze mois de garantie, en violation flagrante des textes en vigueur. Le locataire congolais est ainsi transformé en banque privée des bailleurs, sans protection réelle de l’État.
À cela s’ajoute une autre forme d’abus devenue courante : des appartements à des prix excessivement élevés, situés dans des immeubles de trois à dix niveaux ou plus, sans ascenseur, sans espace de jouissance, et souvent sans eau courante aux étages supérieurs. Dans certains cas, l’eau ne parvient même pas aux derniers niveaux, obligeant les occupants à s’approvisionner manuellement. Malgré ces conditions indignes, les loyers exigés dépassent tout entendement.
Monsieur le Ministre,
Votre ministère est chargé de réguler ce secteur stratégique. Or, sur le terrain, l’inaction de l’autorité publique est criante. Cette absence de contrôle a créé un véritable champ libre pour les spéculateurs immobiliers, qui appauvrissent davantage les familles congolaises sous couvert de marché immobilier.
Comment expliquer :
- l’absence de barème officiel des loyers par zone ?
- l’absence de sanctions contre les abus ?
- l’absence de mécanismes de plainte accessibles aux citoyens ?
- le silence persistant de votre ministère face à cette crise sociale ?
Le logement est un droit fondamental. Lorsque se loger devient un luxe, c’est la dignité humaine qui est bafouée. En laissant prospérer ce désordre, l’État donne l’impression de se ranger du côté des plus forts contre les plus faibles.
J’attends de votre ministère :
- L’application stricte des règles sur la garantie locative.
- La mise en place d’un cadre de contrôle des loyers.
- La création d’un service de plainte pour les locataires.
- Des sanctions contre les abus des agences et des bailleurs.
- Une communication claire et publique sur la politique nationale du logement.
Monsieur le Ministre,
Gouverner, ce n’est pas seulement bâtir des maisons, c’est aussi protéger ceux qui y habitent. Le silence de l’État face à l’injustice est une forme de complicité.
J’ose espérer que cet appel citoyen ne restera pas lettre morte.
Veuillez croire, Son Excellence, à l’expression de ma profonde préoccupation civique.
Lepce ENGALA Wasenga