Par Prosper Buhuru
Le défenseur des droits humains Patient Komayombi a livré une analyse critique sur la coupure prolongée des réseaux de télécommunications congolais dans plusieurs zones du Nord-Kivu sous contrôle des rebelles du M23-AFC, notamment à Rutshuru, Masisi, Walikale, Lubero et dans une partie du territoire de Nyiragongo.
Depuis près d’un mois, les abonnés des opérateurs nationaux Vodacom, Airtel et Orange sont privés de connexion, tandis que le réseau rwandais MTN est accessible dans certaines de ces zones. Pour Patient Komayombi, cette situation ne relève pas d’un simple incident technique, mais s’inscrit dans une logique structurée aux ramifications économiques, sécuritaires et politiques.
Sur le plan économique, le défenseur des droits humains estime que la coupure des réseaux congolais vise à détourner un marché stratégique au profit d’intérêts extérieurs. Dans une région où le téléphone constitue un outil central de communication, de transfert d’argent et d’activités commerciales, l’imposition d’un réseau étranger contraint les habitants à supporter des coûts plus élevés, tout en fragilisant les circuits économiques locaux. Il y voit une forme de captation forcée d’un secteur lucratif, au détriment des consommateurs congolais.
Au niveau sécuritaire, Patient Komayombi évoque un risque majeur pour la vie privée et la protection des données. Selon lui, l’utilisation imposée d’un réseau étranger ouvre la voie à un contrôle accru des communications. Appels, messages et données numériques pourraient être interceptés, exposant les populations à un traçage systématique. Il considère cette situation comme une atteinte grave aux libertés fondamentales, susceptible de s’étendre à d’autres zones si aucune réaction institutionnelle n’est engagée.
L’analyse met également en lumière les conséquences sociales de cette rupture numérique. L’interruption des réseaux nationaux accentue l’isolement des communautés. Les familles éprouvent des difficultés à communiquer, les structures sanitaires et éducatives fonctionnent au ralenti, et les organisations humanitaires voient leurs capacités de coordination réduites. Dans un contexte déjà marqué par l’insécurité, cette déconnexion alimente la désinformation, la peur et la dépendance à des circuits de communication contrôlés localement.
Sur le plan politique, Patient Komayombi interprète la suppression des réseaux congolais comme un signal symbolique fort. L’imposition d’un opérateur étranger dans des territoires congolais serait, selon lui, une manière d’affaiblir l’autorité de l’État et de projeter une influence extérieure sur ces espaces. Il y voit une démarche qui dépasse la simple question technique des télécommunications pour toucher à la souveraineté nationale.
Face à cette situation, le défenseur des droits humains appelle les institutions nationales et internationales à se mobiliser afin de garantir le respect du droit à la communication et à la protection de la vie privée. Il encourage notamment l’Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications du Congo (ARPTC) à engager des démarches auprès des instances internationales compétentes, afin que cette situation fasse l’objet d’un examen et, le cas échéant, de sanctions appropriées.
Pour Patient Komayombi, la restauration des réseaux nationaux dans ces zones constitue non seulement un impératif technique, mais aussi un enjeu majeur de droits humains et de souveraineté.