Breaking News

Sud-Kivu : un an après la chute de Bukavu, Fernandez Murhola exige un sursaut patriotique

Catégorie
Image
Fernandez Murhola avocat et activiste de droits de l'homme
Fernandez Murhola avocat et activiste de droits de l'homme

Par Patrick Kitoko

Il y a un an, jour pour jour, la ville de Bukavu basculait dans l’ombre. Une ombre faite de détonations, de silences forcés et de regards détournés. Le 14 février 2025 marque, pour de nombreux habitants du Sud-Kivu, le début d’un nouvel épisode d’instabilité dont les séquelles restent profondes. Dans un texte publié à l’occasion de cette date, l’activiste des droits humains Fernandez Murhola dresse un constat sévère : la progression du M23 -Mouvement du 23 mars- dans l’Est de la République Démocratique du Congo n’a pas seulement redessiné des lignes militaires, elle a fracturé le tissu social et installé la peur comme mode de gouvernance. “ Une ville ne tombe pas uniquement quand ses bâtiments sont occupés. Elle tombe quand ses habitants apprennent à parler à voix basse ”, écrit-il.

Une crise aux conséquences humaines massives

Depuis la résurgence du M23, les Nations Unies ont documenté des offensives successives dans l’Est congolais, accompagnées de déplacements massifs de populations et de graves violations des droits humains. Des localités entières ont été vidées de leurs habitants. Des familles ont été dispersées. Des villages se sont transformés en couloirs d’exode. Derrière les statistiques, rappelle Fernandez Murhola, il y a des corps, des vies brisées, des trajectoires interrompues.

Parmi les violences les plus marquantes figurent les violences sexuelles, utilisées comme arme de domination et d’humiliation collective. Depuis des années, des voix s’élèvent pour dénoncer cette stratégie de destruction méthodique du tissu social, notamment celle du Dr Denis Mukwege à travers l’Hôpital de Panzi, devenu un symbole international de la lutte contre les violences sexuelles en temps de guerre. “ Violer une femme, dans un contexte de guerre, ce n’est pas seulement attaquer une personne : c’est chercher à détruire la dignité d’un peuple ”, insiste l’activiste.

Face à la dégradation sécuritaire, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la Résolution 2773, réaffirmant la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC, exigeant la cessation des offensives des groupes armés et appelant au retrait des forces étrangères non autorisées. Mais pour Fernandez Murhola, une résolution ne suffit pas. “ Une parole internationale qui ne se traduit pas en mécanismes contraignants, en pressions diplomatiques effectives et en garanties sécuritaires concrètes risque de devenir un simple exercice de style ”, avertit-il.

Un an après la chute de Bukavu, l’insécurité s’est installée comme une atmosphère permanente. L’économie reste fragile, l’école incertaine, et l’avenir semble suspendu. La méfiance est devenue réflexe, la résignation une tentation. Dans son plaidoyer, l’activiste appelle à un triple sursaut : national, international et moral. Il demande l’application rigoureuse des décisions internationales, la transparence sur les soutiens extérieurs aux groupes armés et une défense cohérente de la souveraineté nationale. Il interpelle également les élites congolaises, invitées à dépasser l’émotion pour bâtir une stratégie durable, ainsi que la communauté internationale, sommée de transformer ses textes en résultats concrets. “ Le droit international, lorsqu’il n’est pas défendu avec fermeté, devient décoratif. Et un peuple dont le droit est décoratif devient vulnérable ”, écrit-il.

Bukavu, symbole d’une paix à conquérir

Au-delà du théâtre d’opérations militaires, Bukavu demeure, selon Fernandez Murhola, une conscience et un symbole. La ville rappelle que la paix n’est jamais un état naturel, mais une conquête politique exigeant volonté, cohérence et responsabilité. Un an après la chute, la question ne serait plus seulement de savoir ce qui s’est passé, mais qui assume la responsabilité de faire appliquer le droit. “ Bukavu n’est pas morte. Elle attend un sursaut ”, conclut-il. Un sursaut national. Un sursaut international. Un sursaut de dignité.

Étiquettes
Samedi 14 février 2026 - 20:04