Par la Rédaction
Le nouveau rapport de Reporters sans frontières (RSF), intitulé “Dans la peau d’un journaliste dans les Grands Lacs”, rendu public ce jeudi 26 mars à Kinshasa, dresse un tableau alarmant des conditions d’exercice du journalisme dans cette région marquée par des crises sécuritaires persistantes.
À travers des témoignages et un suivi rigoureux de la situation, l’organisation met en lumière les risques extrêmes auxquels sont confrontés les professionnels des médias.
Dans cette zone classée en rouge et orange sur la carte mondiale de la liberté de la presse, les journalistes évoluent dans un environnement particulièrement hostile. La région des Grands Lacs, au cœur des enjeux géopolitiques liés aux ressources naturelles, est devenue un terrain dangereux où informer relève souvent d’un acte de courage, voire de survie.
L’est de la République démocratique du Congo apparaît comme l’épicentre de cette dégradation sécuritaire. Selon le rapport, cette partie du pays, en proie à un conflit qui dure depuis la fin des années 1990, est aujourd’hui l’un des endroits les plus dangereux pour exercer le métier de journaliste, surtout après la prise de la ville de Goma début 2025 par les rebelles du M23-AFC, qui a encore aggravé la situation.
Pris en étau entre les groupes armés, notamment le Mouvement du 23 mars (M23), et les Forces armées de la RDC (FARDC), les journalistes paient un lourd tribut. Arrestations arbitraires, agressions, menaces, disparitions forcées et exécutions sont devenues monnaie courante.
Le rapport souligne également que plusieurs médias ont été suspendus, pillés ou saccagés dans ce contexte de guerre.
Les chiffres avancés par RSF témoignent de l’ampleur de la crise. Au cours des dix dernières années, près de 500 journalistes ont été arrêtés ou détenus dans la région des Grands Lacs en raison de leur travail. Plus grave encore, plusieurs cas de meurtres et de disparitions ont été recensés, illustrant un climat d’impunité persistant face aux crimes commis contre les professionnels de l’information.
Dans l’est de la RDC, les radios communautaires figurent parmi les cibles les plus vulnérables. Le rapport indique qu’au moins 33 stations ont été pillées ou suspendues depuis janvier 2024 dans le Nord-Kivu. Ces médias de proximité, essentiels pour informer les populations locales, sont directement affectés par les affrontements et les stratégies de contrôle de l’information des différents acteurs du conflit.
Face à cette insécurité grandissante, de nombreux journalistes n’ont d’autre choix que de fuir. Certains se déplacent vers Kinshasa, tandis que d’autres prennent le chemin de l’exil vers les pays voisins. Mais même en dehors des zones de combat, ils continuent de faire face à des menaces et à une précarité importante, rendant difficile la poursuite de leur mission d’informer.
À travers ce rapport, RSF lance un appel pressant aux États de la région des Grands Lacs. L’organisation les exhorte à garantir la sécurité des journalistes, à lutter contre l’impunité et à créer des conditions permettant un exercice libre et indépendant du journalisme. Car au-delà des professionnels des médias, c’est le droit des populations à une information fiable qui est gravement menacé.