Par la Rédaction
Au Sud-Kivu, des mouvements citoyens ont adressé une sévère interpellation aux 32 députés nationaux élus de la province, qu’ils accusent de silence et d’inaction face à la dégradation continue de la situation sécuritaire, humanitaire et économique dans cette partie de l’est de la République démocratique du Congo.
Dans une déclaration rendue publique, ces organisations dénoncent ce qu’elles considèrent comme une « désertion civique » des élus, alors que Bukavu et plusieurs territoires vivent depuis quinze mois dans un contexte marqué par la présence de l’AFC/M23.
Selon les mouvements citoyens, la province traverse une crise profonde caractérisée notamment par l’effondrement du tissu économique, l’inopérance du système bancaire, la fermeture des frontières avec les pays voisins ainsi que la paralysie des filières commerciales. Ils estiment que cette situation a plongé les populations dans une précarité devenue insoutenable, transformant progressivement la détresse quotidienne des habitants en une réalité ordinaire.
Dans leur déclaration, les auteurs du communiqué reprochent aux députés nationaux du Sud-Kivu leur absence de prise de position publique sur les souffrances des populations. Ils affirment qu’aucune pression significative n’a été exercée sur le gouvernement afin d’obtenir des réponses concrètes à la crise sécuritaire et humanitaire qui frappe la province. Les mouvements citoyens regrettent également l’absence d’un plaidoyer international fort porté par les élus nationaux pour attirer l’attention sur la gravité de la situation dans l’est du pays.
Les signataires dénoncent par ailleurs le comportement de certains élus qu’ils accusent de privilégier leur proximité avec le pouvoir central au détriment de leur mission de contrôle parlementaire. Ils estiment que plusieurs députés se comportent davantage comme des soutiens politiques du régime plutôt que comme des représentants des populations en difficulté. Dans ce contexte, ils considèrent que les élus ont abandonné leur rôle de défenseurs des intérêts du peuple sud-kivutien.
Le communiqué revient également sur le débat autour d’un éventuel changement ou d’une révision de la Constitution. Les mouvements citoyens jugent inapproprié d’ouvrir une telle discussion dans un contexte marqué par la guerre, les déplacements massifs des populations et l’instabilité persistante dans l’est du pays. Ils estiment que les priorités nationales devraient rester centrées sur le rétablissement de la paix, la restauration de l’autorité de l’État et la réponse à la crise humanitaire.
Les organisations citoyennes s’interrogent aussi sur l’attitude des députés face à cette question constitutionnelle. Elles dénoncent ce qu’elles qualifient de « mutisme » des élus devant des enjeux qu’elles jugent majeurs pour l’avenir du pays. Selon elles, les avantages politiques et les promesses de postes auraient progressivement pris le dessus sur les engagements pris devant les électeurs.
Face à cette situation, les mouvements citoyens exigent des députés nationaux du Sud-Kivu qu’ils rompent leur silence et prennent publiquement position sur les questions constitutionnelles et sécuritaires. Ils demandent également un contrôle parlementaire « sérieux, permanent et indépendant » afin d’obtenir des explications claires sur la gestion de la crise dans la province.
Enfin, ils appellent les élus à redevenir les véritables porte-voix des populations et à faire preuve de transparence dans la gestion des ressources mobilisées en faveur du Sud-Kivu depuis le début de la crise.