Par Patrick Kitoko
Une phrase courte, mais lourde de sens. « La Constitution de la RDC n’est pas une couche de bébé », a déclaré Jean-Claude Katende, président de l’ASADHO – Association africaine de défense des droits de l’homme –, dans un contexte où la question de la révision ou du changement de la Constitution continue de susciter de vives controverses en République démocratique du Congo.
Par cette formule imagée, le défenseur des droits humains entend dénoncer ce qu’il considère comme une tendance à vouloir modifier la loi fondamentale au gré des circonstances politiques. Pour lui, une Constitution ne saurait être traitée comme un objet jetable que l’on remplace chaque fois qu’il devient encombrant ou inadapté aux ambitions du moment.
Depuis plusieurs mois, le débat sur l’avenir de la Constitution congolaise polarise la classe politique. Des proches du pouvoir estiment qu’une réforme pourrait permettre d’adapter certaines institutions aux réalités actuelles du pays, notamment en matière de gouvernance et d’organisation de l’État. À l’inverse, l’opposition politique ainsi qu’une partie importante de la société civile voient dans cette initiative le risque d’une remise en cause des équilibres démocratiques établis par la Constitution de 2006.
Jean-Claude Katende figure parmi les voix les plus critiques face à toute tentative de révision ou de changement de la loi fondamentale. À plusieurs reprises, il a rappelé que le débat constitutionnel concerne l’ensemble des citoyens et non seulement les juristes ou les acteurs politiques. Il insiste également sur le rôle du peuple congolais dans toute éventuelle réforme constitutionnelle.
Le sujet demeure particulièrement sensible en raison des soupçons entretenus par une partie de l’opinion publique. Certains opposants craignent qu’une révision constitutionnelle puisse ouvrir la voie à une reconfiguration du système politique susceptible d’affecter la limitation des mandats présidentiels. Ces inquiétudes ont déjà donné lieu à des manifestations et à des prises de position fermes de plusieurs figures de l’opposition.
Face à ces critiques, les partisans d’une réforme soutiennent qu’il ne s’agit pas nécessairement de toucher aux dispositions relatives au mandat présidentiel, mais plutôt de corriger certaines faiblesses institutionnelles observées depuis l’entrée en vigueur de la Constitution actuelle. Ils plaident pour un débat dépassionné et fondé sur les intérêts du pays.
Dans ce climat de méfiance et de polarisation, la déclaration de Jean-Claude Katende apparaît comme un nouvel avertissement adressé aux décideurs politiques. À travers cette image de la « couche de bébé », il rappelle que la Constitution représente le socle de la stabilité institutionnelle et démocratique de la RDC, et que toute modification doit répondre à un large consensus national plutôt qu’à des intérêts circonstanciels.
Alors que le pays reste confronté à d’importants défis sécuritaires, économiques et sociaux, le débat constitutionnel continue de diviser l’opinion. Entre les partisans du changement et les défenseurs du statu quo, la question est devenue l’un des principaux sujets de tension politique en RDC, révélant les profondes divergences sur la manière de consolider la démocratie et l’État de droit.