Par Don Benjamin Makolo
La République démocratique du Congo aborde l'une des séquences politiques les plus délicates de ces dernières années. Au moment où le président Félix-Antoine Tshisekedi ouvre officiellement la voie à un dialogue national, l'opposition a finalement décidé de reporter la marche qu'elle projetait d'organiser le 22 juillet. Cette décision, obtenue à l'issue des consultations menées par la CENCO et l'ECC, ne marque cependant pas la fin des tensions politiques. Elle ouvre plutôt une période d'observation : l'opposition a fixé au 15 août 2026 un ultimatum au pouvoir pour poser des actes concrets en faveur d'un dialogue qu'elle souhaite véritablement inclusif.
L'enjeu dépasse désormais les simples rapports entre majorité et opposition. Il s'agit de savoir comment reconstruire un consensus national alors que la RDC fait face à une crise sécuritaire persistante dans l'est, où Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir l'AFC/M23.
Le dialogue voulu par Félix Tshisekedi : unir les Congolais face à la menace extérieure
En donnant son accord au projet de dialogue porté par la CENCO et l'ECC, le président Félix Tshisekedi a réaffirmé sa volonté de rassembler les forces vives de la Nation afin de renforcer la cohésion nationale face à ce que le pouvoir présente comme une menace existentielle contre l'intégrité territoriale de la République.
L'ordonnance présidentielle attendue devra préciser les modalités de ces assises. Mais le chef de l'État a déjà fixé l'esprit de cette initiative : un dialogue entre Congolais, destiné à consolider le front intérieur pour faire face à l'agression extérieure.
Pour la majorité présidentielle, ce dialogue doit réunir les Congolais attachés aux institutions de la République, à la souveraineté nationale et à la défense du territoire. En revanche, ceux qui ont choisi de prendre les armes contre leur propre pays ne peuvent, selon cette vision, être considérés comme des interlocuteurs dans ce processus politique.
Cette position s'explique également par le contexte régional. Malgré les engagements pris dans les processus de Washington et de Doha, Kinshasa demeure sceptique quant à leur mise en œuvre effective. Les déclarations récentes du président rwandais Paul Kagame, affirmant que vouloir faire disparaître le M23 reviendrait à chercher la disparition du Rwanda, renforcent les doutes des autorités congolaises sur la volonté de Kigali d'appliquer pleinement les accords conclus.
Dans cette perspective, le dialogue apparaît pour le pouvoir comme un instrument de mobilisation nationale destiné à fédérer les Congolais contre les menaces extérieures.
L'opposition réclame un dialogue sans exclusion
L'opposition partage le principe du dialogue, mais pas sa conception. Pour la Coalition Article 64 et ses alliés, un dialogue ne peut être qualifié d'inclusif s'il écarte certains acteurs congolais impliqués dans la crise. Selon eux, les discussions devraient réunir la majorité au pouvoir, l'opposition politique présente à Kinshasa, les opposants vivant en exil ainsi que les Congolais ayant rejoint les mouvements armés, notamment ceux de l'AFC/M23.
Pour ces responsables politiques, la résolution durable de la crise passe par une discussion entre tous les protagonistes congolais, quelles que soient leurs positions actuelles.
Cette approche se heurte toutefois au refus du pouvoir, qui estime qu'associer des groupes armés à un dialogue politique reviendrait à leur accorder une légitimité incompatible avec la défense de la souveraineté nationale.
Réunis au siège du LGD de l'ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, les responsables de la Coalition Article 64 ont finalement choisi de reporter leur marche du 22 juillet, répondant favorablement à la demande formulée par la CENCO et l'ECC dans le cadre de leur médiation.
Ce report ne constitue cependant pas un abandon de leurs revendications. L'opposition a fixé au 15 août 2026 une échéance pour constater des avancées concrètes vers un dialogue réellement inclusif. À défaut, elle se réserve le droit de reprendre ses actions politiques et citoyennes.
Le défi est désormais celui de la confiance
Le report de la marche offre une occasion de réduire les tensions et de privilégier les voies du dialogue. Mais cette fenêtre demeure étroite.
Le gouvernement est désormais attendu sur les actes qui accompagneront l'ordonnance présidentielle annoncée. L'opposition, de son côté, observera si ses préoccupations trouvent un écho dans le processus en préparation.
La RDC dispose aujourd'hui d'une opportunité rare : transformer une confrontation politique en concertation nationale. Encore faudra-t-il que chaque camp accepte de dépasser ses lignes rouges au nom de l'intérêt supérieur de la Nation.
Les prochaines semaines permettront de mesurer si le dialogue annoncé constitue le point de départ d'un nouveau consensus national ou simplement une parenthèse avant une nouvelle phase de tensions politiques.