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Dialogue « inclusif » : pourquoi l’AFC/M23 n’a pas sa place [Edito]

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Corneille Nangaa, chef rebelle de l’AFC/M23, et toute son équipe lors d’un meeting à Goma
Corneille Nangaa, chef rebelle de l’AFC/M23, et toute son équipe lors d’un meeting à Goma

Par Bijou NDJODJI BATEKO

Depuis 1996, la RDC tourne en rond. Conseil de sécurité inopérant, accords signés puis violés, armée infiltrée. La conclusion s’impose: il faut compter sur nous-mêmes. Refondation de l’armée, cohésion nationale, patriotisme. Mais pour "compter sur soi", il faut d’abord être un seul peuple. D’où l’annonce du Président Félix Tshisekedi: convoquer un dialogue national inclusif. Aussitôt, la même rengaine revient: "Sans l’AFC/M23, le dialogue n’est pas inclusif". C’est faux. Et c’est dangereux. Car intégrer l’AFC/M23 au dialogue, c’est négocier avec le Rwanda agresseur, et non faire de l’inclusivité. Pire: Twirwaneho, déjà actif à Minembwe, naîtra sans nul doute des cendres de l’AFC/M23, une fois celui-ci intégré dans l’armée et dans les institutions après sa participation à ce dialogue.

Le précédent Kabila : le M23 n’avait pas été invité en 2013

Rappelons les faits. Du 20 au 30 novembre 2012, pendant 11 jours, le M23 occupe Goma avant de s’en retirer le 1er décembre sous pression internationale. La menace aux portes de Goma reste pourtant persistante tout au long du premier semestre 2013.

Le 26 juin 2013, Joseph Kabila signe l’ordonnance convoquant les Concertations nationales. Objectif: réfléchir sur la cohésion nationale, la sécurité dans l’Est, la gouvernance, etc.

Le 7 septembre 2013, à l’ouverture au Palais du Peuple, il justifie ces concertations par "la gravité de la situation sécuritaire dans la province du Nord-Kivu".

Question simple : Joseph Kabila a-t-il invité le M23 aux Concertations ? Non. Pourtant, à l’époque, le M23 revendiquait être "100% congolais" et niait tout lien avec le Rwanda, alors même que ce lien était déjà fortement soupçonné.

Est-ce que quelqu’un a eu l’audace de dire que ces concertations n’étaient pas "inclusives" pour cette raison ? Non. Parce que tout le monde comprenait : on ne met pas l’agresseur armé à la table de la nation.

Aujourd’hui, la situation est 100 fois plus claire. Le 21 juillet 2026, Paul Kagame l’a dit lui-même devant son Parlement : le Rwanda a des "intérêts vitaux" au Congo et soutient le M23/AFC. Le lien n’est plus controversé. Il est revendiqué.

Kabila n’a pas invité le M23 aux concertations nationales alors que le mouvement se prétendait congolais. Pourquoi Tshisekedi devrait-il convier l’AFC/M23 au dialogue en 2026, quand Paul Kagame assume lui-même le lien de ce mouvement avec Kigali ?

Si l’absence du M23 en 2013 n’a pas remis en cause le caractère inclusif de concertations, pourquoi l’absence de l’AFC/M23 en 2026 remettrait-elle en cause celui du dialogue de Tshisekedi ?

Dans le cas contraire, il faut avoir l’honnêteté de dire aussi que les concertations de 2013 n’étaient pas inclusives. Personne ne le dit. Parce que c’est absurde.

L’inclusivité, ce n’est pas inviter celui qui tire sur toi.

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Le plus grand malheur de la RDC, c’est d’avoir un peuple à la mémoire courte, naïf, intellectuellement inapte, facile à manipuler, même par des peuples sur lesquels il a pourtant la supériorité intellectuelle.

Depuis l’invasion du Congo, alors Zaïre, par l’AFDL en 1996, le régime de Kigali n’a cessé de créer successivement des mouvements rebelles : RCD, CNDP, M23, AFC/M23, dans l’est de la RDC, pour assurer sa survie.

La stratégie de Kigali a toujours consisté à créer des mouvements sous son contrôle afin d’obtenir, à chaque brassage issu d’interminables dialogues, le commandement de l’armée congolaise dans l’Est et d’exploiter illicitement les richesses minières.

Présentée comme une opération pour traquer les FDLR, l’opération militaire conjointe rwando-congolaise qui a valu à Vital Kamerhe le perchoir n’était, pour beaucoup d’observateurs, qu’un moyen de faire entrer des troupes rwandaises. Objectif : infiltrer l’armée congolaise et mettre la main sur les ressources.

Quand Kagame déclare que "faire disparaître le M23, c’est aussi vouloir faire disparaître le Rwanda", il lie officiellement le sort du Rwanda à celui du M23.

Avec cette logique, le régime de Kigali ne tardera pas à substituer Twirwaneho à l’AFC/M23.

Se trompent ceux qui pensent que faire participer l’AFC/M23 au dialogue national sert à justifier le caractère inclusif dudit dialogue.

Twirwaneho naîtra des cendres de l’AFC/M23, quelques semaines après son intégration dans l’armée. Ses dirigeants crieront alors au non-respect des engagements.

Tant que ce cycle infernal continuera: proxys du Rwanda, dialogues, brassages, dissolution, puis renaissance... il n’y aura ni paix, ni sécurité, ni stabilité dans l’Est.

La trilogie : Rwanda - AFC/M23 - Opposition politique non armée

Il faut arrêter de tout mélanger. Il y a 3 acteurs distincts:

1. Le Rwanda : État agresseur. Avec lui, l’Accord de Washington. C’est la voie diplomatique entre États.

2. L’AFC/M23 : Bras armé du Rwanda. Avec lui, les pourparlers de Doha. C’est la voie militaire et sécuritaire.

3. L’opposition politique congolaise non armée : Des Congolais qui contestent la gouvernance, sans prendre les armes ni être en intelligence avec Kigali.

Alors à quoi sert le dialogue national inclusif convoqué à Kinshasa ? Il sert à parler avec le 3ème groupe. Uniquement.

Posons la question autrement : à Doha, l’AFC/M23 a-t-il exigé la présence de Martin Fayulu, de Delly Sessanga, de l’ECC ou de la CENCO pour que les échanges soient "inclusifs" ? Non. Parce que Doha, c’est entre belligérants.

Par la même logique, à Kinshasa, on ne peut pas exiger la présence de l’AFC/M23. Parce que Kinshasa, c’est entre Congolais qui n’ont pas pris les armes.

Intégrer l’AFC/M23 au dialogue national, ce n’est pas faire preuve d’ouverture. C’est accepter de négocier avec le Rwanda sur le sol congolais, sous couvert de "politique interne".

Un dialogue pour souder, pas pour capituler

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Le temps des illusions est fini. Pas d’accord direct qui tienne. Pas de partenaire militaire désintéressé. Pas de cessez-le-feu qui ne profite qu’à l’ennemi.

Le dialogue national doit donc avoir un seul but : souder l’arrière. Écouter tous les Congolais en désaccord politique. Conclure un pacte de guerre : budget, sacrifices, union. Pour que les brigades loyalistes au front sachent que la Nation entière est derrière elles.

Exclure l’AFC/M23 n’est pas une faiblesse. C’est un acte de souveraineté. C’est dire : aux Congolais, la parole. Aux agresseurs, le champ de bataille.

Vouloir mettre l’AFC/M23 dans ce dialogue, c’est comme si en 2013 on avait demandé à Kabila d’inviter le M23 aux concertations. Ça n’aurait aucun sens.

Le Rwanda à Washington, l’AFC/M23 à Doha, l’opposition politique non armée à Kinshasa. Chacun à sa table.

Lundi 3 août 2026 - 13:32