Par Patrick Kitoko
Le gouvernement congolais entend s'attaquer à la prolifération des armes légères et de petit calibre (ALPC) détenues par des civils. Le vice-Premier ministre, ministre de l'Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo, a officiellement lancé, mercredi 23 septembre 2026, la Campagne nationale de désarmement civil volontaire.
La cérémonie a réuni plusieurs responsables gouvernementaux et autorités, parmi lesquels le ministre délégué chargé des Anciens Combattants, Éliezer Ntambwe, le vice-ministre des Affaires coutumières, Mwami Ndeze Jean-Baptiste, ainsi que le ministre provincial de l'Intérieur de Kinshasa.
« Arme contre objet de développement »
Initiée par la Commission nationale de contrôle des armes légères et de petit calibre, cette campagne vise à réduire la circulation illicite des armes et à renforcer la sécurité dans les milieux urbains comme ruraux. Le dispositif repose notamment sur la restitution volontaire, sécurisée et anonyme des armes détenues par les civils. Les autorités annoncent, dans ce cadre, une amnistie judiciaire ainsi qu'une contrepartie matérielle pour les personnes qui remettront volontairement leurs armes, selon l'approche dite « arme contre objet de développement ».
L'objectif affiché est donc de créer un mécanisme incitatif permettant de retirer progressivement les armes en circulation sans exposer les détenteurs volontaires à des poursuites liées à leur restitution, conformément au dispositif annoncé par les autorités.
Shabani : « Faire taire les armes est l'affaire de tous »
Lors du lancement, Jacquemain Shabani a insisté sur le lien entre la réduction de la circulation des armes et l'amélioration de la sécurité, mais également sur les effets attendus sur le développement socio-économique.
Le patron de l'Intérieur a appelé l'ensemble des forces vives de la nation à s'impliquer dans cette opération, estimant que la lutte contre la prolifération des armes ne peut reposer uniquement sur les institutions publiques.
« Faire taire les armes n'est pas seulement une affaire d'État, c'est l'affaire de tous », a-t-il déclaré.
Au-delà de la récupération des armes, le gouvernement présente ainsi la campagne comme une composante d'une stratégie plus large visant à améliorer la sécurité des populations et à créer des conditions plus favorables au développement local.
Six zones ciblées pendant trois mois
La campagne est prévue pour durer trois mois, du 23 septembre au 22 décembre 2026. Elle ciblera prioritairement six espaces considérés comme stratégiques :
- Kinshasa ;
- le Kongo-Central ;
- le Grand Équateur ;
- le Grand Kasaï ;
- la Tshopo ;
- le Tanganyika.
Le choix de ces zones traduit la volonté des autorités d'étendre progressivement l'opération au-delà de la capitale et de prendre en compte différentes réalités sécuritaires et territoriales.
Une campagne inscrite dans le programme du gouvernement
Selon le gouvernement, cette initiative s'inscrit dans la vision du président Félix Tshisekedi et dans ses engagements pour le quinquennat 2024-2028. Elle constitue également une matérialisation du deuxième pilier du Programme d'actions du gouvernement conduit par la Première ministre Judith Suminwa, consacré notamment aux questions de sécurité et de consolidation de la paix.
Le lancement de cette campagne intervient dans un contexte où la question de la circulation des armes reste étroitement liée aux enjeux de sécurité en République démocratique du Congo. La réussite de l'opération dépendra toutefois de la capacité des autorités à garantir la confidentialité du processus, la sécurité des personnes qui restitueront leurs armes et la mise en œuvre effective des contreparties annoncées.
Pendant les trois prochains mois, le gouvernement mise ainsi sur la participation volontaire des détenteurs d'armes pour contribuer à réduire leur présence dans les communautés. L'enjeu sera de transformer l'appel lancé par les autorités en restitutions concrètes et durables sur le terrain.