RDC : Nharly Amisi, Coordonnateur du PPRD Europe, alerte sur une jeunesse confrontée à la précarité et à l’instrumentalisation politique

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Nharly Amisi KM Coordonnateur PPRD / Europe S.E.F PPRD / France
Nharly Amisi KM
Coordonnateur PPRD / Europe
S.E.F PPRD / France

Par la Rédaction

La précarité d’une partie de la jeunesse congolaise constitue un terrain favorable à son instrumentalisation politique, estime Nharly Amisi KM, Coordonnateur PPRD / Europe, S.E.F PPRD / France. Pour lui, les difficultés sociales auxquelles sont confrontés de nombreux jeunes réduisent leur capacité à s’engager politiquement par conviction.

Selon Nharly Amisi, quelques billets, une invitation à une activité ou la promesse d’un repas peuvent parfois suffire à mobiliser des jeunes et à remplir une salle. Une telle présence ne traduit toutefois pas nécessairement une adhésion à un projet politique.

« Beaucoup ne viennent pas par conviction, mais avec l’espoir de repartir avec de quoi manger ou payer un transport », observe-t-il.

Quand la précarité devient un outil de mobilisation

Pour le Coordonnateur PPRD / Europe, cette réalité révèle un problème beaucoup plus profond : le blocage de la mobilité sociale en RDC. Il estime qu’une jeunesse confrontée au chômage, à la précarité et au manque de perspectives devient plus vulnérable aux mécanismes d’instrumentalisation.

« Quand la survie devient plus urgente que la conviction, la politique cesse de mobiliser des citoyens et commence à exploiter leur précarité », analyse-t-il.

Cette situation, poursuit-il, ne devrait donc pas être considérée comme un simple phénomène lié aux activités politiques. Elle traduit surtout, selon lui, les difficultés d’une génération qui peine à accéder aux opportunités nécessaires pour améliorer durablement ses conditions de vie.

Les richesses du pays face au manque d’opportunités

Nharly Amisi met également en question le lien entre les importantes ressources naturelles de la RDC et les possibilités réellement offertes à sa jeunesse.

Cobalt, cuivre, terres rares, croissance économique et poids démographique : le pays dispose, selon lui, de nombreux atouts. Mais ces richesses ne peuvent constituer un véritable progrès que si elles se traduisent par davantage d’opportunités pour la population.

« À quoi sert cette richesse si elle ne crée pas davantage d’opportunités ? », s’interroge-t-il.

Il compare ainsi la croissance congolaise à « un immeuble de luxe dont les ascenseurs desservent surtout les étages déjà occupés », estimant qu’une grande partie de la population demeure éloignée des bénéfices de cette dynamique.

L’école et l’emploi, deux portes difficiles à franchir

L’éducation et l’emploi occupent également une place centrale dans son analyse. Pour Nharly Amisi, l’école devrait être le premier instrument permettant à un jeune de progresser dans la société. Or, l’obtention d’un diplôme ne garantit que rarement l’accès à un emploi.

À cela s’ajoutent le manque d’emplois formels, le clientélisme et le poids des réseaux dans l’accès aux opportunités.

« On avance moins par compétence que par proximité », déplore-t-il.

Selon lui, cette situation finit par affaiblir la culture du mérite et transforme progressivement une partie de la jeunesse en réserve de mobilisation politique facilement exploitable.

Un pouvoir appelé à être jugé sur ses résultats

Dans son analyse, Nharly Amisi porte également un regard critique sur la situation actuelle. Il estime que l’action du pouvoir doit être évaluée à partir de ses résultats concrets plutôt que de ses slogans.

La question, à ses yeux, est de savoir si les politiques publiques permettent réellement aux jeunes d’accéder à des emplois, à une formation de qualité et à des perspectives d’avenir.

« Peut-on parler de progrès lorsque la mobilité sociale reste bloquée et que tant de jeunes cherchent encore leur première véritable chance ? », questionne-t-il.

Pour inverser cette tendance, il plaide pour des réponses structurelles : une école plus efficace, une administration fondée sur la compétence, des emplois productifs et des institutions garantissant l’accès aux opportunités plutôt que la faveur.

« Qui peut monter ? »

Pour Nharly Amisi, le débat sur le développement de la RDC ne devrait donc pas se limiter au volume des richesses produites ou aux indicateurs de croissance. Il doit également porter sur la capacité de la population à bénéficier de ces progrès.

« La vraie question n’est plus seulement : combien de richesses produisons-nous ? Elle est : qui peut monter ? », soutient-il.

Tant que la naissance, les réseaux ou la proximité avec le pouvoir pèseront davantage que le travail et la compétence, estime-t-il, la croissance restera largement inaccessible à une partie de la population.

Il appelle ainsi à remettre la mobilité sociale au centre des politiques publiques, afin que les jeunes Congolais puissent construire leur avenir autrement que dans la précarité ou la dépendance.

« Le Congo n’a pas besoin d’une jeunesse mobilisée par nécessité. Il a besoin d’une jeunesse libre, formée, employée et capable de choisir son engagement par conviction », affirme-t-il.

Pour Nharly Amisi, la remise en marche de l’ascenseur social constitue ainsi un enjeu majeur pour l’avenir du pays. Car, prévient-il, « une jeunesse à qui l’on demande sans cesse de patienter finit toujours par demander : patienter pour qui ? »

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Mardi 18 août 2026 - 11:44