Par Gloire Balolage
Les présidents de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, de l’Ouganda, Yoweri Museveni, de la République centrafricaine, Faustin-Archange Touadéra, et du Burundi, Évariste Ndayishimiye, ainsi que le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, appellent à une accélération des financements destinés à la riposte contre Ebola.
Dans une tribune publiée mardi par Jeune Afrique, les cinq signataires plaident pour que les ressources promises par les partenaires internationaux parviennent plus rapidement sur le terrain et soient mieux coordonnées avec les priorités nationales.
Au cœur de leur démarche figure un premier constat : les annonces financières ne suffisent pas à répondre aux besoins de la riposte. Pour les opérations menées contre Ebola en RDC et en Ouganda, les bailleurs internationaux ont promis environ 1,2 milliard de dollars. Cependant, seuls 816 millions de dollars ont, à ce stade, été effectivement décaissés. Pour les dirigeants africains et le responsable d’Africa CDC, cet écart entre les engagements annoncés et les fonds réellement disponibles constitue un enjeu majeur pour l’efficacité des interventions.
Les signataires alertent également sur les conséquences des retards dans le décaissement des ressources. Selon eux, chaque délai supplémentaire peut priver des villages de traitements et empêcher certaines équipes chargées de la surveillance d’atteindre les communautés concernées. Ils mettent aussi en garde contre l’utilisation de financements en dehors des mécanismes nationaux ou sans informations précises sur leur destination. Une telle situation, estiment-ils, pourrait contribuer à fragmenter la réponse alors que l’épidémie impose une action coordonnée.
Cette nécessité de coordination est d’autant plus importante que le virus ne s’arrête pas aux frontières nationales. Félix Tshisekedi, Yoweri Museveni, Faustin-Archange Touadéra, Évariste Ndayishimiye et Jean Kaseya soulignent ainsi que les seuls plans nationaux ne permettent pas de répondre efficacement aux mouvements de population entre les différents pays. La surveillance transfrontalière, les capacités des laboratoires et les équipes d’urgence doivent donc être intégrées dans une stratégie régionale commune afin de renforcer la riposte.
Face à cette situation, les cinq responsables formulent plusieurs demandes. Ils souhaitent d’abord que les financements promis soient décaissés rapidement et qu’ils soient alignés sur les priorités définies au niveau national. Ils réclament également une traçabilité complète des ressources mobilisées, avec quatre éléments à pouvoir identifier : le lieu où l’argent est arrivé, le moment de son décaissement, l’intervention qu’il a permis de financer et les résultats obtenus. Pour eux, les gouvernements doivent avoir une vision claire de l’ensemble des ressources disponibles et de leur utilisation.
Les signataires appellent par ailleurs à financer simultanément les ripostes nationales et les mécanismes de coordination régionale, notamment la surveillance transfrontalière, les laboratoires et les équipes d’urgence. Leur approche repose sur une répartition claire des responsabilités : les pays conduisent la réponse, Africa CDC assure la coordination et les partenaires apportent leur soutien. Ils encouragent également les États africains à investir davantage dans leurs propres systèmes de santé afin de renforcer durablement leurs capacités de réponse face aux épidémies.
Cette prise de position intervient alors que l’épidémie d’Ebola, déclarée le 15 mai et désormais étendue à six provinces de la RDC, a déjà fait plus de 2 500 morts dans le pays, dépassant en seulement trois mois l’épidémie de 2018-2020, jusque-là considérée comme la plus meurtrière de l’histoire de la RDC.
Dans le même temps, l’Organisation mondiale de la santé a renforcé certaines de ses recommandations : réduction de l’affluence dans les restaurants, débits de boissons et boîtes de nuit dans les zones de transmission, limitation des motos à un seul passager, sécurisation de l’ouverture des écoles et contrôles sanitaires 24 heures sur 24 sur les routes menant vers les territoires à risque.
L’OMS recommande aussi une surveillance des bateaux reliant les zones touchées aux grandes villes, notamment Kinshasa, tout en ne préconisant ni la suspension des vols ou des liaisons fluviales avec la RDC, ni le refus d’entrée des voyageurs.