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RDC : Julien Paluku Kahongya ressort six épisodes de guerre pour accuser Joseph Kabila

lun 12/10/2026 - 11:30
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Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya
Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya

Par la Rédaction

Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, ancien gouverneur du Nord-Kivu, a vivement critiqué l'ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, à la suite de son récent discours. Dans une tribune intitulée « L'Aveu de Goma : le grand masque est enfin tombé », publiée, dimanche 11 octobre 2026, à Kinshasa, il accuse son ancien collaborateur de s'être détourné des valeurs républicaines et remet en question son rôle dans plusieurs épisodes de la guerre dans l'Est du pays.

Dans ce texte, Julien Paluku revient notamment sur l'arrivée de Joseph Kabila à Goma en 2025, qu'il présente comme un élément ayant changé sa compréhension des événements sécuritaires survenus au Nord-Kivu durant les années précédentes. Il rappelle avoir formulé, dès 2025, douze interrogations résumées autour de deux questions principales : comment le fils de Laurent-Désiré Kabila, assassiné en 2001, a-t-il pu se retrouver à Goma sous la protection de ceux qu'il présente comme les alliés rwandais de son père ? Et comment l'ancien président a-t-il pu se retrouver aux côtés d'anciens officiers qu'il avait écartés de l'armée congolaise ? Ces interrogations constituent, selon lui, le point de départ de ses critiques contre l'ancien chef de l'État.

L'ancien gouverneur estime que les attaques dont il fait l'objet pour avoir travaillé sous la présidence de Joseph Kabila ne tiennent pas compte des faits qu'il dit avoir vécus. Il affirme que sa prise de position ne vise pas à obtenir un poste, contrairement à ce que certains lui reprocheraient, mais découle de sa lecture des événements. Selon lui, les critiques auraient été justifiées si l'ancien président avait continué à défendre, après son mandat, les valeurs démocratiques, la paix et la concorde. Il évoque notamment la possibilité d'une alternance pacifique qui se serait manifestée par une collaboration publique avec son successeur ou par une présence libre dans les rues de Kinshasa.

Pour étayer ses accusations, Julien Paluku revient sur six épisodes militaires qu'il juge révélateurs. Il cite d'abord les combats de Tongo, dans le territoire de Rutshuru, en 2008. Selon son récit, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) avaient reçu l'ordre de stopper les combats alors que les forces de Laurent Nkunda et de Bosco Ntaganda se repliaient. Il affirme que cet arrêt aurait été suivi de la poursuite des militaires congolais par les troupes de Laurent Nkunda, de la chute du camp militaire de Rumangabo en octobre 2008 et de leur avancée jusqu'à Munigi, sans entrer dans la ville de Goma.

Le deuxième épisode concerne l'arrestation de Laurent Nkunda, le 21 janvier 2009, suivie des opérations militaires Umoja Wetu, menées du 25 janvier au 25 février de la même année. Julien Paluku qualifie ces opérations de « mascarade totale » et affirme qu'elles résultaient d'un accord entre Joseph Kabila et le président rwandais Paul Kagame. Il s'interroge sur la durée de cette opération, limitée à environ un mois, particulièrement au regard de l'étendue du territoire concerné et des moyens nécessaires à la planification d'une campagne militaire. Il soutient que les autorités militaires congolaises présentes à Goma à cette époque, dont il faisait partie en tant que gouverneur, ne comprenaient pas les enjeux de ces décisions.

Le troisième et le quatrième épisodes portent respectivement sur la présence du M23 à Goma, du 20 novembre au 1er décembre 2012, et sur la nomination de Bosco Ntaganda à Goma comme commandant des opérations Amani Leo. Concernant les événements de 2012, Julien Paluku estime que le retrait du M23 de Goma, intervenu le 1er décembre après une réunion de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) à Kampala, révèle une complicité qu'il affirme avoir comprise seulement après l'arrivée de Joseph Kabila à Goma en 2025. Il soutient également que la nomination de Bosco Ntaganda visait à contrôler les militaires congolais et rappelle que ce dernier aurait ensuite fui avec 25 tonnes de munitions pour fonder le M23 à Masisi en avril 2012. Il évoque enfin le ralliement du colonel Makenga au même mouvement.

Le cinquième épisode concerne la bataille de Chanzu, le 5 novembre 2013. Selon Julien Paluku, le général Bahuma aurait reçu l'ordre de Joseph Kabila, de ne pas poursuivre les combats, estimant que les combattants du M23 étaient prêts à se rendre aux FARDC. L'ancien gouverneur affirme que cet ordre n'a pas été exécuté et que les opérations se sont poursuivies jusqu'à la prise de Chanzu. Il rapporte également qu'en décembre 2013, lors de sa visite au Nord-Kivu, Joseph Kabila aurait lancé au colonel Mamadou, en sa présence : « Vous pensez que vous faites de la politique dans l'armée ? »

Le sixième fait évoqué concerne la disparition des militaires qu'il présente comme les principaux artisans de cette victoire : le colonel Mamadou, décédé en janvier 2014, et le général Bahuma, mort en août de la même année. Julien Paluku affirme être le seul rescapé parmi les acteurs qu'il cite et rappelle qu'en 2015, à Rutshuru, Joseph Kabila l'aurait publiquement qualifié d'« homme à jeter dans le lac ».

Au-delà de ces épisodes, le ministre du Commerce extérieur remet en cause le bilan militaire de l'ancien président. Réagissant à ses propos sur l'armée laissée à son successeur, il s'interroge sur les résultats des politiques de mixage et de brassage, les replis face à l'ennemi, les infiltrations qu'il attribue à des responsables rwandais et les promotions militaires qu'il juge excessives. Il conteste également la légitimité de Joseph Kabila à donner des leçons en matière de lutte contre la corruption et de respect des droits humains, en citant notamment les dossiers Panama Papers de 2016 et Congo Hold-up de 2021, ainsi que l'exclusion de la RDC de l'AGOA en 2010, qu'il associe aux violations des droits humains, avant sa réintégration en 2020 sous Félix-Antoine Tshisekedi.

Dans la dernière partie de sa tribune, Julien Paluku affirme que son opposition à la position actuelle de Joseph Kabila ne remet pas en cause le travail qu'il dit avoir accompli durant ses mandats. Il présente son soutien au président Félix-Antoine Tshisekedi comme un choix patriotique et appelle les Congolais, particulièrement ceux du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, à rejeter toute option qu'il considère comme une menace pour l'intégrité territoriale.

Il reproche enfin à Joseph Kabila de n'avoir consacré aucun mot, dans son discours de seize minutes, aux souffrances des populations de l'Est, confrontées à la guerre et à l'épidémie d'Ebola.

« Les postes passent, mais la patrie demeure », écrit-il, avant d'appeler à la résistance et à la défense de l'intégrité du territoire congolais aux côtés du président Tshisekedi.

Lundi 12 octobre 2026 - 11:30