Par Gloire Balolage
Le gouvernement congolais a validé le mécanisme national de protection des journalistes proposé par l’organisation Journalistes en danger (JED). L’information a été annoncée par Patrick Muyaya, ministre de la Communication et des Médias et porte-parole du gouvernement, dans le compte rendu du 101ᵉ Conseil des ministres, présidé par le chef de l’État le vendredi 23 octobre.
Cette validation constitue l’une des principales conclusions présentées au cours de cette réunion gouvernementale au titre du secteur de la communication et des médias. Le mécanisme approuvé vise notamment à organiser la réception, la vérification et la documentation des alertes relatives aux menaces visant les professionnels des médias, ainsi qu’à faciliter l’assistance aux journalistes en danger.
Présentée lors de la table ronde « Médias, Justice et Sécurité », organisée le lundi 12 octobre dernier à Kinshasa, cette initiative s’inscrit dans une démarche visant à renforcer la sécurité des journalistes en République démocratique du Congo. Les échanges ont porté sur les préoccupations liées à la protection des professionnels des médias, à leurs responsabilités dans l’exercice de leur métier et à la nécessité d’améliorer les relations entre les acteurs de la presse, de la justice et des services de sécurité.
Les travaux ont également insisté sur l’application harmonisée de l’ordonnance-loi n° 23/009 du 13 mars 2023, communément appelée « loi Muyaya ». L’un des enjeux soulevés consiste à mieux distinguer les manquements professionnels des infractions pénales, afin de clarifier le traitement des faits reprochés aux journalistes et de favoriser une meilleure compréhension du cadre légal régissant l’exercice de la profession.
Pour assurer le fonctionnement du mécanisme, le Conseil des ministres a approuvé la mise en place de points focaux permanents au sein des ministères et des institutions concernés. Ces interlocuteurs devront faciliter une liaison efficace et rapide entre les différentes structures impliquées, dans le respect des compétences propres à chacune. L’objectif est de renforcer la coordination face aux alertes et aux situations mettant en danger les professionnels des médias.
Au cours de cette table ronde, Tshivis Tshivuadi, secrétaire général de JED, avait présenté les quatre priorités du mécanisme national de protection des journalistes conçu par JED et Reporters sans frontières (RSF). Celles-ci portent sur la dépénalisation des délits de presse, la fin des arrestations et des suspensions arbitraires, l’ouverture d’enquêtes sur les assassinats de journalistes non élucidés, ainsi que la mise en place d’un mécanisme indépendant de protection des professionnels des médias.
Cette initiative repose également sur la reconnaissance du rôle des médias dans l’élaboration et le suivi des politiques publiques, le renforcement de la cohésion sociale et la pacification de l’Est de la RDC. Elle s’inscrit dans un contexte où la protection des journalistes et la lutte contre l’impunité pour les crimes commis à leur encontre demeurent des enjeux majeurs, notamment à l’approche de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, célébrée chaque 2 novembre conformément à une résolution des Nations unies.
La question du traitement judiciaire des journalistes avait également été soulevée lors des échanges. La nécessité de tenir compte des particularités de l’exercice du métier dans les procédures judiciaires a notamment été soulignée, avec l’idée que les journalistes ne devraient pas être traités comme de simples citoyens lorsqu’ils font l’objet de poursuites liées à leur travail. Cette préoccupation rejoint le débat sur la distinction entre faute professionnelle et infraction pénale.
Par ailleurs, le compte rendu du Conseil des ministres fait état de l’engagement de l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC) dans la numérisation et la dématérialisation de la carte d’identité professionnelle des journalistes. Elle a sollicité un appui technique et financier du gouvernement, par l’intermédiaire du ministère de la Communication et des Médias, afin de renforcer la fiabilité et l’authentification du fichier national, tout en préservant son autonomie.
Enfin, le Conseil des ministres a pris acte des rapports présentés ainsi que des différentes notes d’information examinées.