2023: mobilisation tous azimuts contre le glissement

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Le président Félix Tshisekedi tenant
Le président Félix Tshisekedi tenant en mains une copie de la constitution de la RDC

Par Gabin K

En République Démocratique du Congo, conformément à la Constitution et à la Feuille de route de la CENI, les élections générales (du sommet à la base) doivent se tenir en 2023. Si l’on s’en tient à l’article 73 de la Loi fondamentales, celles-ci doivent se tenir au plus tard le 26 octobre 2023, date qui marque la fin légale de la mandature en cours

Cependant, les signaux sont loin de rassurer sur le respect du délai constitutionnel. Le doute, tellement persistant, a gagné presque tout le terrain. Les élections en 2023 semblent hypothétiques. Pour sauver les meubles, la pression sur le respect des échéances électorales s’accentue au fil des jours. Et, elle vient de partout : Des partis politiques, des confessions religieuses, des mouvements citoyens, etc. Une mobilisation tous azimuts contre le glissement.

CENCO-ECC, le redoutable tandem, refait surface

Une délégation mixte CENCO-ECC (Eglises catholique et protestante, deux mastodontes confessions religieuses du pays) ont rencontré, mercredi 9 mars 2022, Christophe Mboso, président de l’Assemblée nationale. La veille de l’ouverture de la session parlementaire de mars, dont l’une des matières essentielles est l’adoption de la nouvelle Loi électorale, la rencontre n’est pas fortuite. Elle est bien calculée et pas dissimulée. 

Les délégués de ces deux églises ont échangé avec Mboso «dans le cadre de la mission que ces deux églises se sont données pour accompagner les institutions, pour le cas d’espèce l’Assemblée nationale dans le cadre du processus électoral. Nous sommes habités par un seul souci, avoir des élections crédibles, inclusives et apaisées dans le délai constitutionnel en 2023», a confié Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, martelant sur le fait qu’il importe de «mettre de côté tout ce qui peut servir de prétexte pour aller au-delà du délai constitutionnel». 

Fayulu et FCC d’un même mouvement

En dehors du champ confessionnel, la machine à pression est aussi activée dans les états-majors des partis politiques, principalement ceux de l’Opposition. Martin Fayulu, qui en est la figure de proue, reconnu pour son légendaire franc-parler, teinté des mots crus jetés sans gangs, a fait du respect des échéances électorales, le «seul message» adressé à ses militants en marge du 13ème anniversaire de son parti, Ecidé. 

«Nous n’accepterons pas le report des élections de 2023. Les Congolais et les amis du Congo doivent conjuguer leurs efforts pour défendre la démocratie en RDC», a tempêté Fayulu. D’un courant politique proche du leader d’Ecidé, Lisanga Bonganga, d’un ton ferme, a lui aussi «rejeté toute idée de glissement même d’une seconde sur le calendrier électoral de 2023». C’est ainsi qu’il s’est activé à dénoncer «les contraintes (évoquées par la Feuille de route de la CENI, NDLR) liées à la volonté politique avérée du pouvoir en place en vue d’obtenir le glissement».

A l’autre bord de l’Opposition, notamment au FCC resté fidèle et loyal à Joseph Kabila, l’on tient mordicus «aux élections dans le délai constitutionnel et aux élections avec une CENI recomposée, et représentative de toutes les forces politiques et sociales conformément à la Loi», avait martelé Géneviève Inagosi lors de la rencontre entre une délégation du FCC et Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint de l’ONU, en fin février dernier. 

*Katumbi, dubitatif ou en attente du bon moment?*

Quant au G13, en réaction à la Feuille de route publiée par la CENI, il y a décelé «une matrice de contraintes dont plusieurs points constituent des choix délibérés susceptibles de compliquer la tenue effective des élections en 2023». Des propos qui frisent une accusation de complicité à charge de la Centrale électorale pour maintenir Félix Tshisekedi aux affaires au-delà de la date butoire du 26 octobre 2023.

Pendant ce temps, Moïse Katumbi et son Ensemble pour la République ne se sont ouvertement pas prononcés au sujet du respect des échéances électorales telles que prévues par la Constitution. Sont-ils dubitatifs? En pleine réflexion? Ou attendent-ils le moment opportun? Quoi qu’il en soit, tous les signaux tendent à confirmer que le Chairman est du même avis que Fayulu et cie, tant tout ou presque laisse croire que le l’ancien-gouverneur de l’ex-Katanga est en phase de mettre sa tenue pour se positionner sur le starting-block de la présidentielle. Son parti affûte des armes et se déploie. Un indice sérieux.

*Le dialogue appelle déjà*

De cette forêt des réactions hostiles à toute idée de glissement, une voix (modérée ou opportuniste?) émerge. Elle appelle au dialogue. L’on reconnait au milieu de ces voix, celle de Jean-Claude Masangu Mulongo, ancien gouverneur de la Banque Centrale du Congo, converti en politicien. «Face aux défis techniques, financiers et sécuritaires, seul le bon sens et une table ronde pourront éviter au pays une sortie de route précipitée», a-t-il posté sur Twitter, non sans affirmer sa position via une lettre ouverte à la nation. 

Eu égard à l’histoire la plus récente de notre pays, quand le vent du dialogue commence à souffler, la Constitution est enfermée dans le réfrigérateur et les élections renvoyées aux calendes grecques. L’histoire va-t-il se répéter?

Vendredi 11 mars 2022 - 06:31