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Nord-Kivu : plus de 231 000 enfants sans acte de naissance, le Parlement d’enfants tire la sonnette d’alarme

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Par Denise Kyalwahi

Plus de 231 570 enfants du Grand Nord-Kivu seraient privés d’actes de naissance, une situation qui inquiète le Parlement et le Comité d’enfants de la coordination du Grand Nord-Kivu. Dans un rapport issu d’un monitoring réalisé entre mars et avril 2026 à Beni, Butembo ainsi que dans les territoires de Beni et de Lubero, les organisations d’enfants alertent sur les conséquences de cette absence de documents d’état civil sur l’accès aux droits et la protection des mineurs.

Selon le rapport, cette situation est principalement liée à la rupture prolongée des registres d’actes de naissance dans plusieurs bureaux de l’état civil.

À Beni, des milliers de naissances non enregistrées

Dans la ville de Beni, le problème persiste depuis plusieurs années dans certaines communes. Le rapport indique que plus de 24 500 enfants ont été déclarés sur la base de procurations depuis 2023, sans pour autant recevoir leurs actes de naissance officiels.

Les données collectées auprès des structures sanitaires révèlent également un écart important entre les naissances enregistrées dans les formations médicales et celles effectivement déclarées à l’état civil. Sur 66 770 naissances recensées dans les structures sanitaires de la zone de santé de Beni entre janvier 2023 et mars 2026, plus de 42 000 enfants n’auraient pas été enregistrés auprès des services de l’état civil.

La situation apparaît encore plus critique dans le territoire de Beni, où le bureau territorial de l’état civil serait confronté à une rupture des registres depuis janvier 2023. Le rapport estime à près de 189 000 le nombre d’enfants concernés, soit environ 97 % des enfants de moins de quatre ans correspondant à la période étudiée.

Butembo également confrontée au manque de registres

La ville de Butembo n’échappe pas à cette difficulté. Les derniers registres disponibles dans certains bureaux municipaux remontent à octobre 2025.

Depuis cette période, les parents qui se rendent auprès des services de l’état civil pour déclarer leurs nouveau-nés seraient régulièrement invités à patienter jusqu’à l’arrivée de nouveaux registres.

En se basant sur les données fournies par les zones de santé de Butembo et de Katwa, le Parlement d’enfants estime à environ 13 000 le nombre d’enfants nés entre octobre 2025 et mars 2026 qui n’auraient pas été enregistrés. Cela représenterait près de 95 % des naissances recensées durant cette période.

Pour les auteurs du rapport, l’absence d’un acte de naissance dépasse largement le cadre d’une simple formalité administrative. Ce document constitue la preuve officielle de l’identité et de l’existence juridique de l’enfant.

Sans acte de naissance, certains enfants peuvent rencontrer des obstacles pour accéder à différents services et droits, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la protection sociale.

Dans le contexte particulier du Nord-Kivu, marqué par les violences armées et les déplacements massifs de populations, les risques sont jugés encore plus importants.

Le Parlement d’enfants estime notamment que l’absence d’un document permettant d’établir officiellement l’âge d’un mineur peut compliquer l’identification et la protection des enfants exposés aux abus. Parmi les risques évoqués figurent le recrutement d’enfants dans les groupes armés, les mariages précoces et la détention de mineurs avec des adultes, lorsque leur âge ne peut être clairement établi.

Un risque pour l’avenir des enfants et la planification publique

Les conséquences pourraient également se faire sentir sur le long terme. Le rapport évoque notamment le risque d’apatridie, les litiges familiaux ou successoraux ainsi que les difficultés d’accès à certaines opportunités nécessitant une preuve officielle de l’identité.

L’absence de données fiables sur les naissances constitue aussi un problème pour les autorités publiques. Sans statistiques démographiques précises, il devient plus difficile de planifier efficacement les besoins en écoles, centres de santé, services sociaux et autres infrastructures destinées aux populations.

Le Parlement d’enfants appelle à une intervention urgente

Face à cette situation, le Parlement d’enfants du Grand Nord-Kivu demande aux autorités nationales et provinciales de prendre des mesures urgentes pour mettre fin à la rupture des registres.

Il recommande notamment au ministère de la Justice d’accélérer l’impression des registres d’actes de naissance et au ministère de l’Intérieur d’assurer leur acheminement vers les différents bureaux de l’état civil.

Le gouverneur militaire du Nord-Kivu est également appelé à s’impliquer afin de faciliter la disponibilité de ces documents dans les différentes entités de la province et de permettre la régularisation des enfants dont l'enregistrement a dépassé le délai légal.

Les organisations de protection de l’enfance sont, pour leur part, invitées à soutenir les autorités dans la distribution des registres et dans les opérations de rattrapage destinées aux enfants non enregistrés.

Le Parlement d’enfants insiste ainsi sur la nécessité d’agir rapidement. Derrière un acte de naissance ne se trouve pas seulement un document administratif : il y a une identité, des droits et un moyen supplémentaire de protéger l’enfant. Dans une province encore fragilisée par les conflits et les déplacements, garantir l’enregistrement des naissances apparaît donc comme un enjeu majeur de protection et de développement.

Mardi 11 août 2026 - 16:17