Par Patrick Kitoko
Le débat sur la révision ou le changement de la Constitution continue de cristalliser les tensions politiques en République démocratique du Congo. Alors que le camp favorable à une modification de la Loi fondamentale multiplie les initiatives de mobilisation, Jean-Claude Katende maintient une opposition ferme et met en garde contre toute tentative visant, selon lui, à permettre au président Félix Tshisekedi de prolonger son séjour au pouvoir.
Dans une nouvelle prise de position, le président de l’ASADHO - Association africaine de défense des droits de l’homme - estime que ceux qui brandissent le changement de Constitution comme moyen de permettre au chef de l’État de rester au pouvoir au-delà de deux mandats « se trompent ». Il affirme que la société congolaise doit rester vigilante face à cette éventualité.
« Ceux qui continuent à brandir l'arme du changement de Constitution pour permettre au président de la République de rester au pouvoir au-delà de deux mandats se trompent. Nous sommes vigilants », soutient-il.
Jean-Claude Katende s’en prend également à la loi référendaire, qu’il qualifie d’« anti-constitutionnelle ». Selon lui, ce texte constitue une étape vers ce qu’il décrit comme un « coup d’État constitutionnel ». Il réaffirme ainsi son opposition au processus en cours et promet de continuer à le combattre.
« La loi référendaire anti-constitutionnelle qui vous fait espérer cette éventualité, nous continuons à la considérer comme un pas vers le coup d'État constitutionnel. Nous continuons à la dénoncer et à la combattre », affirme-t-il.
« Tshisekedi ne restera pas au pouvoir avec un troisième mandat »
Au-delà de la dénonciation du processus constitutionnel, Jean-Claude Katende se montre catégorique sur l’avenir politique du président Félix Tshisekedi. Il affirme que, quelles que soient les initiatives entreprises, le chef de l’État ne pourra pas obtenir un troisième mandat grâce à une modification de la Constitution.
« Je confirme que le président Tshisekedi, quoi qu'il fasse, ne restera pas au pouvoir avec un troisième mandat. Tenez cela pour dit », prévient-il.
Cette déclaration intervient dans un contexte où les partisans du changement constitutionnel intensifient leur campagne auprès de l’opinion publique, particulièrement en direction de la jeunesse.
Grâce Kutino mobilise la jeunesse avec « Oui, je le veux »
Au cœur de cette offensive figure notamment la ministre de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique, Grâce Kutino. Elle a lancé début août la campagne « Oui, je le veux », destinée à mobiliser les jeunes en faveur d’une évolution de la Constitution. La ministre affirme avoir mené des consultations auprès des jeunes des 26 provinces, ainsi qu’auprès de différentes organisations et catégories socioprofessionnelles.
Grâce Kutino a également appelé les jeunes à participer à une marche citoyenne prévue le 12 août 2026 à Kinshasa, dans le cadre de cette campagne. Selon elle, le « Oui » traduit la volonté d’une jeunesse favorable à une Constitution capable d’évoluer en fonction des réalités du pays.
Cette initiative est cependant loin de faire l’unanimité. Des organisations et mouvements de jeunesse contestent notamment l’affirmation selon laquelle la jeunesse congolaise aurait massivement exprimé son soutien au changement constitutionnel.
Deux visions qui s’affrontent
La confrontation entre Jean-Claude Katende et les promoteurs de la campagne « Oui, je le veux » illustre ainsi la profonde polarisation du débat constitutionnel en RDC.
D’un côté, les défenseurs du changement estiment qu’une nouvelle Constitution permettrait d’adapter les institutions aux réalités actuelles du pays. De l’autre, les opposants redoutent que la réforme constitutionnelle ne serve de moyen pour contourner la limitation des mandats présidentiels.
Jean-Claude Katende s’inscrit clairement dans cette seconde logique. Pour lui, derrière le débat juridique sur la Constitution se profile un enjeu essentiellement politique : empêcher toute modification de la Loi fondamentale qui permettrait à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat.
À l’approche de la marche annoncée par Grâce Kutino, le débat promet donc de s’intensifier. Entre le « Oui, je le veux » porté par le camp favorable au changement et les mises en garde de ceux qui dénoncent un risque de « coup d’État constitutionnel », la question de l’avenir de la Constitution congolaise s’impose plus que jamais comme l’un des principaux sujets de confrontation politique dans le pays.