Par Prosper Buhuru
«Depuis que nous sommes dans ce camp, en provenance de Masisi, aucun député n’est venu nous rendre visite», propos d’une femme déplacée cantonnée dans le camp de Bulengo, situé au quartier Lac-Vert, dans la ville de Goma. Cette victime de la guerre du M23 ayant requis l’anonymat répond aux manœuvres politiques que tentent de mettre en place le député provincial Romain Bazungu Kaurwa, élu du territoire de Masisi.
En effet, dans une déclaration à la presse, le député Romain Kaurwa dit avoir reçu un groupe de moins de dix déplacés de Bulengo, qui lui ont fait part des antivaleurs qui caractérisent la gestion du camp de Bulengo.
«Aux alentours de la ville de Goma, il y a eu des élections. Depuis plus d’une année, tous les comités du camp ont été changés, sauf à Bulengo. Et puis, le président de ce camp est en train de séquestrer sa population avec des antivaleurs comme le tribalisme. Il y a aussi la subvention de certains vivres qu’on donne aux déplacés, et tout le monde n’est pas servi au même pied d’égalité», avait déclaré, mercredi de la semaine dernière, l’élu de Masisi, au sortir d’une audience avec le gouverneur militaire de la province du Nord-Kivu.
Ces propos ont été à la base de la suspension de la distribution d’une assistance humanitaire en cash monétaire de deux mois, que pouvaient bénéficier ces déplacés, de la part de l’organisation internationale PAM -Programme Alimentaire Mondial-.
«La distribution de cette assistance, qui devrait démarrer ce mardi 19 novembre, a été bloquée suite aux troubles causés par le député Kaurwa», affirme John Habarugira, chargé de distribution dans le camp de Bulengo.
«Fin 2023, nous avons eu l’assistance de Moïse Katumbi. Certains de nous avaient volé, et quand le président les a attrapés, ils ont été arrêtés. C’est après leur libération qu’ils ont créé une opposition. Ce sont ces opposants qui troublent notre quiétude et font rapport à ce fameux député. Pourtant, depuis que nous sommes là, aucun député n’est venu nous rendre visite», a renchéri la femme ci-haut mentionnée, répondant au «soit disant plaidoyer du député provincial Kaurwa».
Toutes les accusations de cet élu sont rejetées en bloc par le président du camp des déplacés de Bulengo. Mahoro Fausin dénonce, de son côté, une ingérence politique du député, dans la gestion des milieux de refuge des populations déplacées, aux alentours de la ville de Goma.
«Ce député parle de ce qu’il ne connaît pas», a réagi Mahoro Faustin. «C’est la CNR, AIDES, OIM et une équipe gouvernementale qui organisent les élections dans les camps. C’est pas moi qui les bloque», a-t-il poursuivi.
Un agent de la CNR -Commission Nationale des Réfugiés- rencontré dans le camp des déplacés de Bulengo a catégoriquement refusé d’éclairer à Opinion-info.cd le processus et les mobiles d’organisation des élections dans les camps des déplacés.
Toutefois, signalons que Mahoro Faustin, actuel président du camp des déplacés de Bulengo, n’a aucun mandant de ses administrés, car n’ayant pas été élu. Cependant, si les élections sont organisées, il pourrait, s’il le veut, être parmi les candidats, afin de jouir d’un premier mandant légitime lui accordé par des déplacés de ce campement.