Par la Rédaction
L’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) a intensifié ces dernières semaines sa réponse humanitaire à Bunyakiri, dans la province du Sud-Kivu, où affluent des milliers de personnes ayant fui les combats opposant l’AFC/M23 aux FARDC. Située à environ 36 kilomètres de la ligne de front, cette localité fait désormais face à une situation critique, marquée par la surpopulation, le manque de nourriture et un risque élevé de maladies.
Dans un communiqué de presse, l’organisation explique que parmi les 1,6 million de déplacés enregistrés depuis février dans l’Est de la RDC, près de 180.000 ont trouvé refuge à Bunyakiri, selon les données de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM). Ces familles ont fui les violences récurrentes dans le Nord et le Sud-Kivu et se retrouvent désormais confrontées à des besoins humanitaires extrêmement préoccupants.
MSF souligne que la majorité des déplacés ont perdu leurs terres [leur unique source de revenus], et vivent aujourd’hui dans des conditions précaires favorisant l’apparition de maladies.
« Les structures de santé doivent désormais absorber une population beaucoup plus importante, avec un recours accru aux soins nutritionnels, aux accouchements et aux services d’urgence », explique Issa Moussa, chef de programmes de MSF au Sud-Kivu.
Alors que de nombreuses familles sont hébergées dans des ménages d’accueil, d’autres s’entassent dans des camps improvisés, où l’accès aux soins était déjà limité avant la crise. Le manque de médicaments, l’insuffisance d’infrastructures médicales et la dégradation du système de santé local compliquent davantage la prise en charge des patients, dans un contexte sécuritaire toujours instable.
Pour répondre aux besoins urgents, MSF appuie, depuis septembre 2025, plusieurs structures sanitaires de la zone ; notamment l’Hôpital Général de Référence de Bunyakiri, le Centre hospitalier de Bitale ainsi que divers centres de santé. Son intervention couvre un large éventail de services : urgences, soins intensifs, prise en charge nutritionnelle, chirurgie, santé mentale, accouchements et suivi épidémiologique.
En onze semaines d’activité, les équipes médicales ont assuré 13.300 consultations externes, assisté 1.861 accouchements dont 208 césariennes, réalisé 274 opérations chirurgicales, pris en charge 578 enfants souffrant de malnutrition et soigné 98 victimes de violences sexuelles.
Malgré ces efforts, MSF rappelle que les conditions de vie restent alarmantes : accès limité à l’eau potable, insécurité alimentaire sévère, abris de fortune et familles ne mangeant qu’une fois par jour.
« Nous ne pouvons pas couvrir tous les besoins. Nous appelons les autres organisations humanitaires à venir renforcer l’assistance », insiste Giulia Panseri, coordinatrice terrain.
MSF rappelle qu’il intervient depuis plusieurs années dans les deux provinces du Kivu notamment à Minova, Uvira, Baraka, Bunyakiri et Bukavu et affirme que l’escalade du conflit rend ses opérations encore plus indispensables.
« Notre action est guidée uniquement par les besoins humanitaires et médicaux », conclut Issa Moussa, tout en signalant que l’insécurité complique l’accès à certaines zones, au détriment des populations les plus vulnérables, qui continuent de payer le plus lourd tribut.