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Massacres dans l’Est de la RDC : l'ONG Badilika plaide pour une refonte des tactiques militaires sur le terrain pour protéger les civils 

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Par Gloire Balolage 

L'organisation de défense des droits humains Badilika tire une nouvelle fois la sonnette d'alarme sur la situation sécuritaire qui prévaut dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri. Cette structure dénonce ce qu'elle qualifie d'indifférence des institutions congolaises face aux massacres répétés de populations civiles perpétrés dans ces régions depuis plusieurs années

Selon elle, les violences attribuées aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) continuent de semer la mort et la désolation au sein des communautés locales.

Badilika affirme que depuis 2012, les territoires de Beni et plusieurs zones de l'Ituri sont confrontés à une tragédie humaine de grande ampleur.

L'organisation évoque un « nettoyage humain qui ne dit pas son nom » et soutient que les actes commis par les ADF constituent des crimes de masse au regard du Statut de Rome. Elle estime que presque chaque famille de ces régions porte aujourd'hui les stigmates de cette violence à travers la perte de proches et la destruction de biens.

Dans son analyse, l'organisation décrit une situation marquée par une extrême brutalité. Elle souligne que les enfants sont tués aux côtés de leurs parents, que les personnes âgées ainsi que les personnes vivant avec un handicap sont également prises pour cibles, tandis que les peuples autochtones pygmées sont pourchassés dans leurs propres espaces de vie.

Badilika affirme en outre que plusieurs villages ont disparu à la suite des attaques et que certains axes routiers essentiels ont été désertés en raison de l'insécurité persistante. L'organisation rappelle que plus de 250 civils ont été massacrés entre mars et mai 2026 dans les régions de Beni, de l'Ituri et de Lubero. 

Elle cite notamment l'attaque survenue dans la nuit du 30 au 31 mai 2026 dans le quartier Ngadi, situé dans la commune de Ruwenzori, en ville de Beni. Selon Badilika, cette incursion attribuée aux ADF a coûté la vie à plus de cinq civils autochtones, parmi lesquels figure l'artiste comédien Mangese Nzanzu.

Concernant la réponse sécuritaire, l'organisation estime que les dispositifs actuellement déployés demeurent insuffisants face à la guerre asymétrique menée par les groupes armés. Elle relève que malgré la coopération militaire entre la République démocratique du Congo et l'Ouganda dans le cadre de l'opération conjointe USHUJAA, les attaques continuent de faire des victimes.

Si certaines localités connaissent une amélioration relative de la situation, d'autres enregistrent au contraire une recrudescence des incursions meurtrières. Badilika plaide ainsi pour une évaluation approfondie de cette opération afin d'adapter les stratégies sur le terrain et de placer la protection des civils au centre des priorités.

L'organisation critique également le silence des institutions politiques nationales face à cette crise. Elle regrette que le Parlement congolais n'engage pas de débats de fond sur la menace que représentent les ADF et déplore l'absence, depuis quatorze ans, d'un plan national de contingence destiné à éradiquer ce phénomène terroriste. 

Pour Badilika, cette problématique dépasse désormais les frontières congolaises et constitue une menace pour l'ensemble de la région des Grands Lacs, notamment en raison de la présence de ressortissants de plusieurs pays voisins au sein des rangs des ADF.

L'organisation appelle le gouvernement congolais à renforcer ses initiatives diplomatiques afin d'internationaliser davantage la question des ADF auprès des instances internationales. Elle demande notamment au Conseil de sécurité des Nations unies d'adopter une approche plus ferme à l'égard de ce groupe armé, notamment à travers des sanctions financières ciblées contre les personnes, entités ou États impliqués dans le financement de ces réseaux. 

Par ailleurs, Badilika insiste sur la nécessité de rendre justice aux victimes et considère comme urgente la création ou le renforcement de cellules antiterroristes d'élite disposant de moyens matériels et technologiques suffisants pour lutter efficacement contre l'impunité.

Mardi 2 juin 2026 - 15:14