Par Prosper Buhuru
Au lever du jour, le parc national de la Garamba a vu surgir un convoi peu ordinaire : vingt-quatre rhinocéros blancs du Sud, fraîchement arrivés de la réserve sud-africaine de Munywana, ont foulé la terre congolaise, le 10 décembre 2025. Leur arrivée marque un nouvel acte de restauration écologique pour une région qui tente de redonner vie à une espèce disparue de ses plaines depuis des décennies.
Derrière cette scène spectaculaire se cache une mécanique parfaitement huilée. Pendant des mois, l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et Rhino Rewild, programme d’African Parks, ont monté une opération transfrontalière d’une rare complexité. Véhicules spécialisés, équipes vétérinaires, biologistes, logisticiens et unités de sécurité ont été mobilisés pour orchestrer, étape après étape, un transfert sans heurts.
Cette nouvelle arrivée prolonge l’effort initié en 2023, lorsqu’un premier groupe de rhinocéros avait signé le retour officiel de l’espèce en RDC après vingt ans d’absence. Aujourd’hui, la Garamba consolide sa position de territoire-refuge, grâce à un environnement classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, une surveillance renforcée et un modèle de gestion qui mise sur la science et l’implication communautaire.
Yves Milan Ngangay, directeur général de l’ICCN, voit dans cette opération un signal fort de l’engagement national pour la biodiversité, rappelant qu’elle s’inscrit dans la vision du Président Félix-Antoine Tshisekedi pour la protection du patrimoine naturel.
Pour Peter Fearnhead, patron d’African Parks, le défi relevé dépasse la simple prouesse logistique : "Déplacer 24 rhinocéros à travers plusieurs frontières exige une coordination exceptionnelle et une expertise que peu d’équipes dans le monde maîtrisent."
Cette mission, soutenue par Munywana Conservancy, Barrick Gold Corporation, Kibali Gold Mine et les communautés riveraines, ouvre une nouvelle page pour la conservation en Afrique centrale. Les partenaires espèrent qu’avec ce renfort, la Garamba pourra reconstituer une population viable de rhinocéros blancs, prémisse d’un véritable renouveau écologique pour la région.