Par Prosper Buhuru
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Florence Sheria, éco-garde au Parc national des Virunga, a accordé une interview exclusive à opinion-info.cd, dans laquelle elle revient sur son parcours, les défis de son métier et la place des femmes dans la protection de la biodiversité.
Originaire de la ville touristique de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, Florence Sheria explique que son engagement dans la conservation de la nature est né d’une simple curiosité. Enfant, elle connaissait le parc surtout à travers les cours scolaires, où l’on évoquait principalement la forêt et les animaux. Mais elle ignorait tout du travail des équipes qui y œuvrent quotidiennement.
« Cette inspiration émane d’une curiosité. De la curiosité à une passion, et de cette passion est né un métier », raconte-t-elle.
Animée par le désir de comprendre ce qui se passe réellement dans ce vaste espace naturel, elle décide de s’orienter vers la carrière d’éco-garde. Une fois engagée dans ce domaine, chaque découverte a renforcé sa motivation.
« Tout était intéressant, tout était nouveau », confie-t-elle.
Sur le terrain, le travail d’éco-garde reste exigeant. Florence Sheria évoque d’abord des défis physiques importants. Les patrouilles exigent de longues marches, une grande endurance et la capacité de supporter des conditions climatiques parfois difficiles. À ces contraintes s’ajoutent les risques sécuritaires liés à un environnement souvent instable.
Mais au-delà des difficultés physiques et sécuritaires, la jeune femme souligne également le poids des préjugés. Selon elle, certaines personnes doutent encore de la capacité des femmes à exercer ce métier.
« Il y a toujours des préjugés concernant les femmes rangers. Certaines personnes n’ont pas confiance en nous et pensent que c’est un métier réservé aux hommes », explique-t-elle.
Malgré ces stéréotypes persistants, Florence Sheria estime que la présence des femmes constitue une valeur ajoutée dans la conservation de la biodiversité. Elle considère que leur participation renforce l’image du parc et attire l’attention des visiteurs.
« Quand les touristes arrivent et voient qu’il y a aussi des femmes dans les équipes, cela suscite un intérêt particulier », souligne-t-elle, rappelant que le tourisme reste un pilier important pour la valorisation du parc.
Au-delà de cet aspect, la jeune éco-garde insiste surtout sur la dimension symbolique de cet engagement. Pour elle, les femmes qui travaillent dans la conservation deviennent des sources d’inspiration pour d’autres jeunes filles. Leur présence contribue également à promouvoir l’égalité des chances et la reconnaissance du rôle des femmes dans la protection de l’environnement.
Profitant de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, Florence Sheria adresse, enfin, un message d’encouragement aux jeunes filles de la région. Elle les invite à croire en leurs capacités et à ne pas se laisser freiner par les idées reçues.
« Le métier de garde-parc n’est pas seulement réservé aux hommes. Avec le courage et la détermination, les femmes peuvent aussi protéger la nature et contribuer au développement de nos communautés », conclut-elle.
À travers son parcours, Florence Sheria incarne ainsi une génération de femmes qui s’imposent progressivement dans les métiers de la conservation, contribuant à la protection du patrimoine naturel, tout en faisant avancer la cause de l’égalité.