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RDC : Human Rights Watch accuse les forces de sécurité d’implication dans des disparitions forcées et pointe le rôle du Conseil national de cyberdéfense

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Par la Rédaction 

Depuis plusieurs mois, des organisations de défense des droits humains tirent la sonnette d’alarme sur la multiplication d’arrestations et de détentions jugées arbitraires en République démocratique du Congo. Au cœur de ces préoccupations figure le Conseil national de cyberdéfense (CNC), une structure créée pour lutter contre les cybercrimes mais dont les activités seraient désormais liées à l’arrestation et à la détention d’opposants politiques ou de personnes soupçonnées de menacer la sécurité de l’État.

Les autorités congolaises sont notamment accusées d’utiliser le CNC comme instrument pour procéder à des interpellations sans base légale claire. Selon plusieurs témoignages recueillis, des personnes arrêtées par cette structure seraient détenues pendant de longues périodes sans être présentées à un juge. 

Les organisations de défense des droits humains estiment que ces pratiques devraient cesser et demandent que toute personne détenue par le CNC soit immédiatement libérée ou traduite devant une autorité judiciaire compétente, conformément au droit congolais et aux normes internationales.

Dans un rapport publié récemment, Human Rights Watch affirme que depuis mars 2025, les forces de sécurité congolaises seraient responsables de nombreuses disparitions forcées à Kinshasa et dans ses environs. L’organisation indique avoir documenté au moins 17 cas de personnes portées disparues ou victimes de disparition forcée au cours de l’année écoulée, tout en recevant des informations crédibles sur d’autres cas similaires.

Selon l’organisation, plusieurs de ces personnes ont finalement été retrouvées des mois plus tard dans des centres de détention gérés par le Conseil national de cyberdéfense. Elles auraient été arrêtées et détenues arbitrairement, parfois en parallèle d’opérations menées par la Police nationale congolaise et la Garde républicaine. 

Les témoignages recueillis indiquent que ces détentions se dérouleraient souvent dans un cadre opaque et sans supervision judiciaire.

Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch, affirme que des arrestations secrètes auraient été menées au cœur même de la capitale congolaise. Selon lui, dans la majorité des cas, les interpellations seraient motivées par des considérations politiques ou par des soupçons de soutien à des groupes armés opérant dans l’est de la RDC, notamment ceux qui contrôlent certaines zones de la région.

Entre juillet 2025 et mars 2026, Human Rights Watch dit avoir mené des entretiens avec plus de 34 personnes, dont neuf anciens détenus du CNC et onze proches de personnes arrêtées. Pour des raisons de sécurité, l’organisation précise ne pas avoir divulgué l’identité des personnes interrogées. Ces témoignages décrivent un système d’arrestations souvent menées par des agents en uniforme ou en civil, parfois au milieu de la nuit.

Le Conseil national de cyberdéfense a été créé en 2023 par ordonnance présidentielle afin de coordonner la lutte contre les cybercrimes et le cyberrenseignement. Cependant, selon plusieurs médias internationaux cités par l’organisation, l’institution aurait acquis des technologies avancées permettant notamment des écoutes ciblées sur certaines applications de messagerie. Avec le temps, ses activités se seraient étendues à des arrestations, des interrogatoires et des détentions sans contrôle judiciaire.

D’anciens détenus ont expliqué que leurs arrestations avaient été effectuées par des membres de la Garde républicaine, des policiers ou des agents en civil. Plusieurs affirment avoir été transportés les yeux bandés vers des centres de détention du CNC sans mandat d’arrêt ni explication officielle. Certains indiquent également avoir été privés d’accès à un avocat, malgré les garanties prévues par la législation congolaise.

Les interrogatoires menés par les responsables du CNC porteraient, selon ces témoignages, moins sur des questions liées à la cybercriminalité que sur des accusations de collusion avec le groupe armé M23, de liens avec l’ancien président Joseph Kabila ou encore de participation présumée à des complots contre l’État. Certains détenus pensent avoir été arrêtés en raison de leurs positions politiques critiques envers le pouvoir.

Human Rights Watch affirme que ces pratiques pourraient constituer des violations du Code de procédure pénale congolais ainsi que de plusieurs instruments juridiques internationaux, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

L’organisation appelle les autorités congolaises à mener des enquêtes indépendantes sur les cas signalés, à mettre fin aux détentions arbitraires et à garantir que toute privation de liberté respecte les procédures légales.

Mercredi 11 mars 2026 - 15:57