Par Gloire Balolage
Alors que l’opposition politique avait appelé à une journée « ville morte » à Kinshasa le 3 juin pour protester contre un éventuel changement de la Constitution, Beni, au Nord-Kivu, est restée focalisée sur une autre réalité : l’insécurité persistante et le deuil causé par les violences attribuées aux rebelles des ADF. Pour les acteurs de la société civile locale, les préoccupations de la population sont ailleurs.
Dans une interview accordée à Opinion-info.cd, Maître Pepe Kavota, président de la coordination urbaine de la société civile, Forces vives de Beni, a estimé que les démarches politiques autour de la question constitutionnelle ne correspondent pas aux urgences vécues par les habitants. Selon lui, les populations attendent avant tout des solutions concrètes à l’insécurité qui frappe plusieurs territoires de l’Est du pays.
« Dès lors que Beni est en train d’être massacrée, je ne vois pas l’opportunité de ces démarches politiciennes. Qu’on s’attelle à mettre fin à la guerre et à l’activisme des ADF », a-t-il déclaré. Il a ajouté que cette attente ne concerne pas seulement les habitants de Beni, mais aussi ceux de toute la province du Nord-Kivu et de l’Ituri voisine.
D’après Maître Pepe Kavota, Beni n’a pas observé la journée « ville morte » sollicitée par l’opposition. Il explique que la population était plutôt mobilisée autour des cérémonies funéraires organisées en mémoire des nombreuses victimes récemment tuées lors des attaques attribuées aux ADF. Une situation qui, selon lui, reflète les priorités actuelles des habitants.
Il a indiqué qu’une vingtaine de personnes massacrées faisaient l’objet d’hommages et d’obsèques. Dans ce contexte, de nombreux habitants étaient vêtus de noir pour accompagner les familles endeuillées et témoigner leur solidarité aux proches des victimes.
Il a aussi rappelé que des enterrements avaient eu lieu la veille, notamment ceux de plusieurs membres de la communauté pygmée et d’autres victimes des violences. La journée a ainsi été consacrée à l’accompagnement des familles touchées par les massacres, dans une atmosphère marquée par la douleur et le recueillement.
Pour Maître Pepe Kavota, ce deuil dépasse le cadre local et devrait être observé à l’échelle nationale. Ses déclarations traduisent le sentiment d’une population confrontée à l’insécurité et qui considère la fin des violences armées comme la priorité absolue, au moment où le débat politique autour de la Constitution continue d’alimenter l’actualité nationale.