Par Prosper Buhuru
La défenseure des droits humains et de l'environnement, Dr Angélique Niyibizi, a appelé, ce mardi 30 juin 2026, les Congolais à transformer la célébration du 66ᵉ anniversaire de l'indépendance de la République démocratique du Congo en un moment de réflexion sur la situation sécuritaire qui prévaut dans l'Est du pays, estimant que la paix et la dignité des populations doivent constituer une priorité nationale.
Dans une déclaration rendue publique à l'occasion de cette commémoration, l'activiste pro-démocratie affirme que la célébration de l'indépendance perd son sens tant que les violences continuent de frapper les provinces de l'Est. Selon elle, cette journée ne devrait pas être uniquement consacrée aux festivités, mais aussi à une profonde méditation sur les souffrances des populations affectées par les conflits armés.
« Aujourd'hui, célébrer la journée de l'indépendance devient une ironie cruelle lorsque des milliers de victimes de massacres continuent de réclamer justice », soutient-elle, tout en rappelant que « la dignité de chaque citoyen congolais n'est pas négociable ».
Dr Angélique Niyibizi dénonce les violences, la corruption, l'impunité et les injustices qui, selon elle, compromettent l'avenir du pays. Elle appelle les Congolais à rejeter le silence et l'indifférence, plaidant pour une véritable unité nationale, une justice équitable et une paix durable. Elle estime également que les richesses naturelles de la RDC doivent bénéficier à l'ensemble de la population plutôt qu'à des intérêts particuliers.
La défenseure des droits humains invite par ailleurs les Congolais à ne pas oublier les femmes victimes de violences sexuelles, qu'elle décrit comme portant « dans leurs chairs et leurs silences les stigmates des crimes impunis », ainsi que les enfants du Nord-Kivu privés d'éducation ou enrôlés de force dans des groupes armés.
Évoquant les territoires de Masisi, Rutshuru, Beni, Walikale et Nyiragongo, elle affirme que, pour les populations de ces zones, la fête de l'indépendance reste un douloureux rappel de l'absence de justice et de sécurité. Elle ajoute que la poursuite des violences et la présence de l'armée rwandaise sur le territoire congolais rendent, selon elle, le discours sur l'indépendance particulièrement difficile pour les victimes.
Dans son message, Dr Angélique Niyibizi formule également plusieurs recommandations à l'intention de la communauté nationale et internationale. Elle demande à la Cour pénale internationale d'intensifier les enquêtes sur les crimes contre l'humanité commis dans l'Est de la RDC et de poursuivre les responsables afin de mettre fin à l'impunité.
Elle exhorte aussi le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme à renforcer sa présence sur le terrain, à documenter les violations des droits humains et à accroître la protection des populations civiles, notamment des femmes et des enfants.
À l'Union africaine, elle demande de jouer un rôle plus actif dans la recherche de solutions durables en faveur de la paix, de la justice et de la réconciliation en mobilisant davantage les États membres.
Enfin, l'activiste appelle le gouvernement congolais à prendre pleinement la mesure de la gravité de la situation sécuritaire dans l'Est du pays, à restaurer l'autorité de l'État dans les zones affectées par les conflits armés et à garantir que les forces de sécurité accomplissent leurs missions dans le respect des droits humains.
Pour Dr Angélique Niyibizi, l'indépendance de la République démocratique du Congo ne peut être pleinement célébrée que si elle s'accompagne d'une sécurité effective, de la justice et de la dignité pour tous les citoyens.