Par Grevisse Tekilazaya
Dans son message adressé au président de la République à l'occasion du 30 juin, le prix Nobel Denis Mukwege a dressé un tableau très peu reluisant de la gouvernance de Félix Tshisekedi depuis son accession au pouvoir. Le gynécologue congolais a de nouveau dénoncé ce qu'il considère comme un échec de l'état de siège dans la province du Nord-Kivu.
« Lorsque vous avez décrété l'état de siège en avril 2021, j'avais alerté sur le fait que cette mesure exceptionnelle, qui restreint les droits et les libertés fondamentales, n'avait pas vocation à durer dans le temps. Pourtant, cet état de siège a été renouvelé jusqu'à ce jour et a, paradoxalement, contribué à une détérioration de la situation sécuritaire, à une augmentation du nombre de victimes civiles et à une dégradation alarmante de la situation des droits humains. Il faut dire que votre choix de nommer des gouverneurs militaires dont le passé est répertorié dans le Rapport Mapping de l'ONU ne plaçait pas cette mesure sous des auspices prometteurs », peut-on lire dans son document.
En outre, Denis Mukwege fustige les accords bilatéraux signés avec l'armée ougandaise et l'armée burundaise afin d'opérer sur le territoire national. « J'avais exprimé en temps utile mon inquiétude : cette politique d'externalisation de la sécurité nationale confiée aux acteurs de la déstabilisation du pays s'apparentait à une stratégie de pyromane-pompier. Cet amateurisme dangereux a largement contribué à l'internationalisation du conflit dans la sous-région, avec la résurgence du M23 et la énième guerre illégale d'agression et d'occupation de l'armée rwandaise qui perdure jusqu'à ce jour. »
Il pointe une « crise existentielle » et un risque de « balkanisation », critiquant l'absence de suite donnée aux recommandations du Rapport Mapping, la prolongation de l'état de siège jugé contre-productif, les accords militaires bilatéraux avec l'Ouganda et le Burundi, ainsi que l'accord économique signé avec le Rwanda en juin 2021 sur l'exploitation des minerais du Kivu.
Enfin, le docteur congolais dénonce également une diplomatie régionale jugée désordonnée, entre l'EAC, la SADC, Doha et Nairobi, et l'échec des réformes du secteur de la sécurité prévues par l'Accord-cadre d'Addis-Abeba.