Par Denise Kyalwahi
Alors que le gouvernement congolais mise sur la transformation numérique pour moderniser l’accès aux services publics et financiers, l’Association congolaise pour l’environnement et les droits humains (ACEDH) appelle à davantage de prudence. Dans un communiqué publié le 4 juillet à Beni, l’organisation estime que le lancement du système national d’identification numérique « RDC-PASS » soulève de sérieuses préoccupations en matière de protection des droits humains.
L’ACEDH affirme soutenir les ambitions de la stratégie « DRC Digital Nation 2030 », mais regrette que le déploiement du projet, lancé le 13 juin 2026, soit intervenu sans garanties suffisantes en matière de transparence, de participation citoyenne et de protection des données personnelles.
Selon l’organisation, la centralisation de données biométriques sensibles, dans un contexte marqué par des menaces contre les défenseurs des droits humains, de l’environnement et des peuples autochtones, pourrait exposer ces derniers à des risques de surveillance abusive, d’atteintes à la vie privée, de cybercriminalité et d’exclusion numérique.
L’ACEDH s’inquiète également de l’absence d’une autorité indépendante chargée de contrôler le système ainsi que du manque de clarté entourant le partenariat public-privé conclu avec la société Trident Digital Tech Holdings Ltd. D’une durée de vingt ans et évalué à 97,1 millions de dollars, ce contrat, selon l’organisation, soulève des interrogations sur la souveraineté des données biométriques des Congolais et les responsabilités en cas de fuite ou d’utilisation abusive des informations collectées.
L’organisation attire aussi l’attention sur le risque d’exclusion des populations vivant dans les zones rurales, notamment les peuples autochtones, les défenseurs du climat et les communautés dépendantes des ressources naturelles. Ces groupes, souligne-t-elle, disposent souvent d’un accès limité aux documents d’identité, aux infrastructures numériques et à l’électricité, ce qui pourrait les empêcher de bénéficier pleinement du nouveau système.
Face à ces préoccupations, l’ACEDH recommande au gouvernement de suspendre temporairement le déploiement de « RDC-PASS » jusqu’à l’adoption des textes d’application prévus par le Code numérique et la mise en place des organes de régulation compétents.
L’organisation plaide également pour la publication intégrale du contrat de partenariat, l’organisation de consultations publiques à l’échelle nationale, la réalisation d’audits indépendants ainsi que la mise en place de garanties assurant la souveraineté des données et un accès équitable au système pour toutes les catégories de la population.
Pour l’ACEDH, la transition numérique de la République démocratique du Congo ne pourra être durable et crédible que si elle repose sur les principes de transparence, d’inclusion, de responsabilité et de respect des droits fondamentaux.