Par Gratis Makabi
JUSTICIA Asbl, organisation de promotion et de protection des droits humains, du droit humanitaire et du développement durable basée en République démocratique du Congo, reste dubitative face à la décision gouvernementale pourtant salutaire sur le retrait, avec effet immédiat, des policiers et militaires illégaux des sites miniers du pays.
Dans le compte rendu du 94ᵉ Conseil des ministres tenu le 10 juillet 2026, le porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication et Médias a indiqué qu’au premier point de la communication du chef de l’État congolais, il a été décidé du retrait avec effet immédiat des militaires et policiers illégaux des sites miniers sur toute l’étendue du pays. Il a poursuivi que cette présence prive les titulaires légitimes de la jouissance de leurs droits miniers, accentue l’insécurité dans les zones d’exploitation, entraîne des actes d’intimidation et de tracasserie non seulement à l’encontre des agents de l’État mais aussi des communautés locales, perturbe les chaînes d’approvisionnement et la traçabilité des minerais, et favorise la prolifération des réseaux de contrebande et de fraude.
Cependant, JUSTICIA Asbl exprime ses réserves quant à l’application effective de cette mesure qui n’a pas été annoncée pour la première fois. Pour rappel, le 13 avril 2019, lors de la réunion du Conseil national de défense tenue à Lubumbashi, le président de la République, Félix Tshisekedi, avait déjà annoncé cette décision de retrait des militaires illégaux des sites miniers. En 2022, l’auditeur militaire supérieur près la Cour militaire de l’ex-Katanga, sur instruction de l’auditeur général des FARDC, avait adressé une lettre aux commandants de la 2ᵉ Zone de défense, de la 22ᵉ Région militaire et aux commissaires provinciaux de la Police nationale congolaise des quatre provinces issues de l’ex-Katanga pour les informer du retrait des militaires et policiers illégaux, avec un ultimatum expirant le 17 septembre 2022. En outre, en octobre 2025, le ministre de la Justice et Garde des Sceaux avait donné injonction à l’auditeur général des FARDC et au procureur général près la Cour de cassation d’engager des poursuites judiciaires contre les auteurs, dont des militaires, de fraudes minières dans la province du Lualaba.
Comme on peut s’en rendre compte, ces mesures ont été purement et simplement ignorées, car aucun militaire ni policier n’a été retiré des sites miniers.
Pourquoi ces mesures sont-elles inefficaces ?
D’après JUSTICIA Asbl, ce phénomène s’est amplifié au point de gagner toutes les entreprises minières, avec de lourdes conséquences sur les populations locales, sur la mobilisation des recettes et même sur la destruction de l’environnement, occasionnant parfois des éboulements mortels.
« L’inefficacité de ces mesures tient au fait que cette activité est devenue très rentable, profitant à des réseaux mafieux devenus aujourd’hui extrêmement puissants et dans lesquels on retrouve des militaires, des acteurs politiques, des personnalités se réclamant d’une proximité directe avec le chef de l’État, ainsi que des étrangers qui financent parfois des coopératives appartenant à des personnalités politiquement exposées », a déclaré Me Timothée MBUYA, président de JUSTICIA Asbl.
Deux cas illustratifs de l’ampleur de la mafia
Le site minier de Sokoroshi 2, appartenant à l’entreprise minière MMG/Kinsevere dans le Haut-Katanga, est envahi par des éléments de la Garde républicaine qui protégeraient une coopérative minière associée à des membres de la famille du président de la République.
Dans le Lualaba, la concession de Metalkol du groupe minier ERG a été envahie par la coopérative minière Hosanna, avec la protection de la même Garde républicaine et des militaires de la 22ᵉ Région militaire, sous prétexte de dépolluer la rivière Musonoi, alors qu’elle revendait les produits auprès d’unités de traitement bien identifiées. La justice a scellé plus de 133 engins lourds et une quantité importante de minerais. Depuis lors, aucun responsable de la coopérative Hosanna n’a été interpellé et les ressortissants chinois pris en flagrant délit auraient été libérés après paiement de lourdes amendes avant de disparaître dans la nature.
Pour y mettre un terme
Pour JUSTICIA Asbl, les décisions politiques, fussent-elles prises par le chef de l’État, ne suffisent plus. Il faut une réelle volonté politique.
Pour montrer l’exemple, le chef de l’État devrait autoriser les poursuites à l’encontre de ses proches et membres de sa famille qui utiliseraient des éléments de la Garde républicaine et des FARDC.