Par Prosper Buhuru
Le professeur Jean-Jacques Muyembe tire la sonnette d’alarme face à la progression de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo. Dans un entretien accordé au journal français Le Monde, le virologue congolais estime que la vitesse de propagation actuelle du virus dépasse tout ce qui avait été observé lors des précédentes flambées.
Pour le scientifique, qui a participé à la découverte d’Ebola en RDC en 1976, la situation actuelle révèle surtout les limites de la riposte mise en place pour contenir l’épidémie. Il pointe notamment des problèmes de coordination au sein du dispositif national, avec des interventions qui, selon lui, manquent d’une organisation suffisamment cohérente.
Cette alerte intervient alors que l’épidémie continue de progresser rapidement. Au 10 août 2026, la RDC comptait 4 449 cas confirmés et 2 061 décès, selon le bilan communiqué par les autorités congolaises. Le nombre de morts se rapproche ainsi du bilan de la grande épidémie de 2018-2020, qui avait duré près de 22 mois.
Mais pour Muyembe, la comparaison avec les précédentes flambées ne suffit pas à mesurer le risque actuel. Il insiste particulièrement sur la dynamique de transmission, qu’il considère comme exceptionnellement rapide.
Le virologue met également en cause la manière dont la réponse est structurée. À ses yeux, les différents acteurs semblent agir sans disposer d’une coordination suffisamment efficace pour produire une riposte réellement intégrée. Cette faiblesse organisationnelle constitue, selon lui, l’un des principaux obstacles à la maîtrise de l’épidémie.
Son constat rejoint celui de Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC, qui estime également que l’épidémie n’est pas encore sous contrôle et que son expansion n’est pas contenue.
L’Ituri demeure actuellement la province la plus affectée, avec 28 zones de santé touchées sur 36. Le Nord-Kivu compte, lui, 12 zones affectées sur 34. Cinq provinces sont concernées au total, pour 53 zones de santé touchées.