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« Nous faisions nos besoins dans une marmite » : à 11 ans, Laddy Yangotikala raconte l'horreur de la guerre de six jours à Kisangani

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Le député national Laddy Yangotikala en plein témoignage au lancement de campagne "6 millions de voix pour justice au Congo"
Le député national Laddy Yangotikala en plein témoignage au lancement de campagne "6 millions de voix pour justice au Congo"

Par Gratis Makabi

Le député national Laddy Yangotikala Senga a fait un témoignage poignant lors du lancement de la campagne « 6 millions de voix pour la justice au Congo », qui s'est déroulé jeudi 1er octobre 2026 à l'échangeur de Limete à Kinshasa, dans le but de réclamer justice pour les victimes des crimes commis depuis 30 ans dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC).

L'élu de Kisangani a relaté le calvaire subi par sa famille pendant la guerre de six jours et a indiqué qu'ils en sont arrivés au point de faire leurs besoins dans la marmite qui servait à préparer à manger.

« Je viens de Kisangani. J'avais dix ans lorsque la guerre d'un jour a éclaté. Et cette guerre d'un jour opposait deux armées étrangères, l'armée ougandaise et l'armée rwandaise. Je n'avais que dix ans. L'année qui a suivi, j'avais onze ans, la guerre de trois jours est intervenue. Et enfin la guerre de six jours est intervenue au mois de juin. Nous étions à l'école vers dix heures. Nous avons commencé à entendre le premier retentissement de bombes. Un enfant de onze ans à l'école et il y a des crépitements de bombes. Pas de balles qui sifflent, non, non. Ce sont des bombes. Je parle sous le contrôle d'un des témoins ici, en la personne de Monsieur le président du Conseil d'administration. À l'époque, j'habitais la 1ère avenue Dépotoir, à Tshopo. Et c'était le bastion de l'armée rwandaise. J'ai encore deux noms que je n'oublierai jamais, le nom de Laurent Nkunda et Mungura, c'était des commandants dans la ville de Kisangani qui commandaient des troupes rwandaises, qui appuyaient le mouvement du Rassemblement congolais pour la démocratie, le RCD. Pendant six jours, nous étions coincés dans une maison. Et dans la maison où j'habitais chez mon père, nous n'avions pas de toilettes à l'intérieur. Peut-être que vous ne savez pas d'où nous venons. Nous n'avons pas de douche ou de toilette à l'intérieur. Pour soulager les enfants, les parents avaient l'habitude d'acheter de petits vases qu'on appelle pots. Et les grands et les petits, tous nous faisions nos besoins dans le pot. Et les pots furent remplis. Vous vous imaginez où est-ce que nous avons continué à faire nos besoins pendant les six jours ? Dans la marmite. Et c'est comme ça que j'ai grandi », a-t-il raconté. 

Et le député national Laddy Yangotikala de poursuivre : « Pendant six jours... Paix à son âme, mon père était polygame. Le sixième jour, il a dit : ici, dans la Tshopo, nous devons nous déplacer pour aller dans le bunker au centre-ville. Et quitter la commune de la Tshopo, 1ère avenue Dépotoir, juste à côté du stade Lumumba, jusqu'à arriver sur le boulevard numéro deux, commune Makiso, à côté du camp, le long de la route. J'ai vu de mes propres yeux, on ne m'a jamais raconté ça, des corps qui gisaient par terre. Et je n'oublierai jamais cela. Et ça m'a révolté jusqu'à commencer à me battre comme défenseur des droits des enfants et des femmes. À l'époque, j'ai travaillé avec certaines organisations, entre autres l'UNICEF. J'ai commencé à défendre le droit des enfants, la Convention relative aux droits de l'enfant. Et j'entre à l'université où je vais rencontrer Monsieur qui m'a enseigné des cours d'éducation civique. Et je suis devenu médecin. Mais toujours révolté par l'injustice. Je pensais que ça allait finir. Et le jour où on m'a amené une dame qui était violée par douze personnes avec un morceau d'arbre dans l'organe génital, j'ai eu des larmes aux yeux. J'ai eu des larmes aux yeux. Et j'ai commencé à me révolter jusqu'à ce que je vais entrer dans la politique. Je n'ai pas laissé ma pratique de médecin. J'entre en politique pour défendre la cause des opprimés. Amnesty International, nous sommes à Kinshasa où les véhicules sont en train de circuler. À sept heures, les gens ne savent pas marcher, ne savent pas se déplacer. Simplement parce qu'il y a la loi du plus fort. Ceux qui ont des gâchettes, ceux qui ont des armes, ils ont des machettes. Et aujourd'hui, en tant que parlementaire, je défends la cause des opprimés. Oui, la justice peut être faite. Oui, nous devons être solidaires. Que le coupable soit condamné et que les réparations soient faites. Raison pour laquelle je ne pouvais pas venir en veste, je n'avais pas besoin de cravate, parce que moi j'ai encore un cœur qui saigne. »

Pour rappel, Laddy Yangotikala Senga est élu de Kisangani-Ville, médecin de formation, chercheur et enseignant au département de nutrition à la Faculté de médecine de l'Université de Kisangani.

Il est député national depuis 2023, membre de l'Union sacrée et président fondateur de la Fondation Heshima RDC humanitaire, qui intervient dans les camps de réfugiés congolais au Burundi notamment.

Laddy Yangotikala fut président a.i. de l'AVRP - Action des Volontaires pour la Relève Patriotique, parti membre du regroupement Alliance des Bâtisseurs de Sama Lukonde. Il a réalisé un plaidoyer pour l'Est à l'international en 2025 à Paris et Bruxelles où il a dénoncé ce qu'il appelle « guerre oubliée » et l'exploitation illégale des minerais au Sud-Kivu, avec interpellation directe de la France.

Sur le terrain à Kisangani, il est très actif en ce moment puisqu'il distribue des kits de lavage des mains contre Ebola dans les écoles. Il a réalisé un projet agricole de 23 hectares sur la route de Banalia - manioc, maïs, pisciculture, verger bio - qu'il présente comme « la revanche du sol sur le sous-sol » de Tshisekedi.

Vendredi 2 octobre 2026 - 17:41