Électricité à Kinshasa : la CORAP demande où passent les recettes de la SNEL

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Kinshasa, ville lumière ... quand il y a du courant. SNEL en grève,  Kinshasa en rêve [caricature]
Kinshasa, ville lumière ... quand il y a du courant. SNEL en grève, Kinshasa en rêve [caricature]

Par Patrick Kitoko

La Coalition des organisations de la société civile pour le suivi des réformes et de l'action publique (CORAP) exprime de vives préoccupations face aux difficultés persistantes d'accès à l'électricité en République démocratique du Congo. Sept ans après le début du mandat de Félix-Antoine Tshisekedi, l'organisation estime que des réponses structurelles restent attendues pour réduire le déficit énergétique, particulièrement à Kinshasa.

Selon la CORAP, la capitale congolaise aurait actuellement besoin d'environ 1 200 MW, alors que la Société nationale d'électricité (SNEL) ne serait en mesure de fournir qu'environ 600 MW, laissant un déficit de l'ordre de 600 MW.

Cette situation pousse l'organisation de la société civile à s'interroger sur l'utilisation des recettes générées par la facturation de l'électricité.

Le coordonnateur de la campagne Tolembi molili, Iris Kashindi, en plein sensibilisation. Une campagne initiée par la CORAP
Le coordonnateur de la campagne Tolembi molili, Iris Kashindi, en plein sensibilisation. Une campagne initiée par la CORAP

« À qui profite l'argent perçu par la SNEL en termes de factures ? », questionne-t-elle, appelant à davantage de transparence dans la gestion du secteur.

La CORAP réclame la transparence dans le secteur électrique

Pour répondre à cette préoccupation, la CORAP plaide pour l'intégration du secteur de l'électricité dans une initiative de transparence comparable à l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE).

L'objectif serait, selon cette organisation, de renforcer la traçabilité des ressources mobilisées dans le secteur, depuis les recettes générées auprès des consommateurs jusqu'aux investissements consacrés à la production, au transport et à la distribution de l'électricité.

La CORAP s'interroge également sur l'impact des crédits budgétaires consacrés au secteur de l'électricité, qu'elle considère comme un levier essentiel de la décentralisation du système énergétique congolais.

Les microcentrales au cœur des préoccupations

Autre sujet soulevé : la mobilisation des partenaires techniques et financiers. La CORAP déplore ce qu'elle considère comme une insuffisance d'initiatives du ministère des Ressources hydrauliques et de l'Électricité pour attirer davantage de financements destinés notamment à la construction de microcentrales électriques.

Pour l'organisation, le développement de ces infrastructures pourrait contribuer à améliorer l'accès à l'électricité dans les zones insuffisamment desservies par le réseau national et à réduire la dépendance à l'égard des grands ouvrages.

Iris Kashindi, coordonnateur de la campagne Tolembi Molili, en pleine sensibilisation
Iris Kashindi, coordonnateur de la campagne Tolembi Molili, en pleine sensibilisation

Dans le même temps, la CORAP salue la mobilisation des populations kinoises autour de la question de l'accès à l'électricité. Elle les encourage à poursuivre les actions citoyennes visant à réclamer un meilleur accès à l'énergie.

Des projets dont l'état d'avancement interroge

La coalition remet par ailleurs sur la table plusieurs projets énergétiques annoncés ces dernières années. Elle demande notamment où en sont le projet du parc solaire de Maluku, présenté comme devant atteindre une capacité de 1 000 MW et lancé en 2020, le projet Nkinsuka Power ainsi que les différents programmes de réhabilitation de centrales électriques abandonnées.

À travers ces interrogations, la CORAP demande davantage de visibilité sur les résultats concrets des investissements et annonces effectués dans le secteur énergétique.

La centrale flottante turque contestée

Enfin, la CORAP exhorte le chef de l'État à ne pas valider l'accord conclu entre la SNEL et une société turque portant sur l'idée d'une centrale électrique flottante. L'organisation de la société civile conteste vivement cette option et estime qu'elle pourrait exposer les finances publiques à des dépenses qu'elle juge injustifiées. Elle va jusqu'à qualifier ce projet de « vaste blague orchestrée pour dilapider le trésor public ».

Une accusation qui relève de la position de la CORAP et qui appelle, au regard des enjeux financiers et énergétiques soulevés, à davantage d'informations publiques sur les termes de l'accord, son coût, son financement, sa durée, ainsi que les avantages attendus pour les consommateurs congolais.

Au-delà de ces différents projets, la CORAP pose ainsi la question de fond : comment transformer les importantes ressources et investissements mobilisés dans le secteur énergétique en une amélioration concrète et durable de l'accès à l'électricité pour les ménages et les entreprises ?

Vendredi 2 octobre 2026 - 15:02