Ebola en RDC : avec plus de 4 500 cas et plus de 2 000 morts, l’épidémie progresse à un rythme inédit et menace de dépasser la crise meurtrière de 2014-2016 [OMS]

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Par Prosper Buhuru

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) tire la sonnette d’alarme face à la progression de l’épidémie d’Ebola qui sévit dans l’est de la République démocratique du Congo. Près de trois mois après sa déclaration officielle, le bilan dépasse les 4 500 cas confirmés et les 2 000 décès, faisant craindre une crise sanitaire d’une ampleur inédite.

Pour le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le principal problème est désormais le rythme de propagation du virus.

« L’épidémie a pris une avance considérable », a-t-il reconnu mercredi 12 août 2026, à Genève, estimant que la riposte tente encore de combler un retard devenu préoccupant.

La situation est particulièrement critique en Ituri. Cette province concentre environ 90 % des cas et 80 % des décès recensés. La transmission reste active notamment à Bunia, Rwampara et Nizi.

L’OMS estime par ailleurs que le virus circulait déjà plusieurs mois avant l’annonce officielle de l’épidémie, déclarée le 15 mai. Des investigations épidémiologiques et génétiques sont toujours en cours pour identifier l’origine et reconstituer les premières chaînes de transmission.

L’une des principales difficultés réside dans la détection des malades. De nombreux patients décèdent dans leurs communautés sans avoir été pris en charge dans des centres spécialisés et sans avoir été identifiés auparavant comme contacts.

Pour l’OMS, cette situation révèle l’existence probable de chaînes de transmission encore inconnues. Elle complique considérablement la surveillance du virus et augmente les risques de contamination, particulièrement lorsque les malades sont pris en charge à domicile ou lors des funérailles.

Le suivi des contacts concerne actuellement environ 80 % des personnes recherchées. L’objectif sanitaire est d’atteindre 95 %, seuil jugé nécessaire pour espérer interrompre efficacement la transmission.

Plus de 21 000 agents communautaires ont déjà été formés. Les autorités prévoient également d’augmenter fortement les capacités de prise en charge, avec un objectif de 3 000 lits dans les trois prochains mois et le recrutement de milliers de professionnels supplémentaires. Jusqu’ici, 916 patients ont été déclarés guéris.

Mais la riposte se heurte aussi à des facteurs sociaux et sécuritaires. Les soins à domicile, certaines pratiques funéraires et les déplacements de populations peuvent favoriser la circulation du virus. Dans cette partie de la RDC, les violences armées compliquent en outre les mouvements des équipes sanitaires, la surveillance épidémiologique et le transport des prélèvements.

À la différence de l’Ebola provoqué par la souche Zaïre, le virus Bundibugyo ne dispose actuellement ni d’un vaccin homologué spécifiquement contre cette souche ni d’un traitement spécifique approuvé.

La recherche tente néanmoins d’accélérer le rythme. Deux vaccins candidats ciblant spécifiquement Bundibugyo sont déjà entrés en phase I d’essais cliniques. Des travaux réalisés sur des modèles animaux suggèrent également une possible protection croisée avec Ervebo, le vaccin utilisé contre Ebola-Zaïre.

L’OMS envisage ainsi un essai de phase III en RDC afin de déterminer si cette protection existe également chez l’être humain. D’autres candidats, notamment ceux développés par Oxford-Serum Institute of India et Moderna, doivent également fournir leurs premières données dans les prochains mois.

Sur le front thérapeutique, un essai soutenu par l’OMS a déjà inclus une centaine de patients.

La question des moyens demeure toutefois déterminante. Sur les 518 millions de dollars nécessaires au plan continental de préparation et de réponse, seuls 264 millions avaient été déboursés.

L’enjeu dépasse désormais la seule capacité de prise en charge des malades. Il s’agit de parvenir à identifier les contaminations invisibles, sécuriser les communautés affectées et accélérer la recherche avant que la dynamique de l’épidémie ne rende la situation encore plus difficile à contrôler.

L’épidémie ouest-africaine de 2014-2016 reste, avec plus de 28 000 cas, la plus importante jamais enregistrée. Mais selon l’OMS, si la progression actuelle se poursuit, l’épidémie de Bundibugyo dans l’est de la RDC pourrait dépasser ce précédent historique.

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Jeudi 13 août 2026 - 05:55