Par Bijou NDJODJI BATEKO
Un an après sa prise de fonction à la tête de la Société nationale d'électricité (SNEL SA), Teddy Lwamba Muba peine à convaincre sur le terrain. Son bilan ne passe plus la prise. Le courant se fait plus rare à Kinshasa. Malgré les chantiers de gouvernance annoncés, Kinshasa vit au rythme des délestages têtus. Entre rotations de 8 heures assumées par sa propre direction et quartiers de Kinshasa plongés dans le noir dès la tombée de la nuit, le DG Teddy Lwamba Muba voit son expertise contestée par un délestage qui s'aggrave et maintient le pays dans le noir.
Nommé par ordonnance présidentielle lue le 20 septembre 2025 et entré en fonction le 27 septembre 2025, Teddy Lwamba Muba a bouclé sa première année à la Direction Générale de la Société nationale d'électricité (SNEL SA) ce 27 septembre 2026. Un anniversaire qui intervient dans un contexte où la desserte reste le point noir du quotidien des Kinois et des Congolais du Congo profond.
Ingénieur électromécanicien, docteur en génie électrique, ancien DGA de la SNEL (2022-2024) puis ministre des Ressources Hydrauliques et Électricité, Teddy Lwamba Muba a été présenté lors de sa nomination comme le technicien capable de redresser une entreprise stratégique confrontée à des infrastructures vieillissantes et à des délestages récurrents. Son arrivée a suscité de grands espoirs.
Du côté de la Direction Générale, le bilan mis en avant pour cette première année porte sur la gouvernance interne : relance du recrutement après une quinzaine d'années de gel, contrats de performance pour les chefs de départements, renforcement des moyens de terrain, et poursuite des chantiers d'infrastructures comme Kakobola ou la modernisation dans le Haut-Katanga.

Des délestages qui résistent au profil d'expert
Fort malheureusement et contre toute attente, ce bilan institutionnel contraste avec le vécu dans la capitale et dans le Congo profond. Car, sur le terrain, le courant est devenu une denrée rare. Un an après, le profil d'expert de Teddy Lwamba Muba est sérieusement remis en cause par les réalités du terrain.
Depuis plusieurs mois, à Kinshasa, l'électricité est distribuée par rotation. Pour les abonnés, la conséquence est concrète : dans plusieurs communes, y compris dans des quartiers résidentiels huppés, le courant arrive à 23h00 ou minuit pour être coupé aux petites heures matinales. Une situation que des Kinois surnomment avec humour amer "femme prostituée" : elle vient tard la nuit et repart avant le lever du soleil.
Résultat : au lieu d'un sommeil réparateur après une journée tumultueuse à la recherche de la pitance, de nombreuses familles veillent pour repasser les uniformes des enfants, recharger les téléphones, et/ou pomper l'eau à minuit.
Les coûts sociaux invisibles d'un délestage
Il y a d'abord l'insécurité grandissante. Dans les quartiers populeux de Masina, Limete, Ngaba ou Kintambo, le noir est complice des bandits. Sans électricité, les femmes et les jeunes rentrant tard sont exposés. A Kintambo notamment, des associations féminines comme la Fondation "Panier de la Femme" ont déposé un mémorandum : sans éclairage public ni domestique, la nuit tombée devient propice à l'insécurité.
Vient ensuite l'endommagement des appareils. Les coupures intempestives et les baisses de tension brûlent réfrigérateurs, téléviseurs et congélateurs. Pour des ménages déjà précarisés, c'est une double peine : payer la facture et payer la réparation, avec recours obligé aux groupes électrogènes dont le carburant flambe.
Arrive enfin le danger physique. Des habitants signalent des câbles souterrains déterrés et dénudés laissés à l'air libre dans plusieurs quartiers, sous l'oeil hagard des services. Ce qui les expose à des cas de décès par électrocution.
Une crise structurelle au-delà de l'étiage
La SNEL elle-même, par la voix de son Directeur du Département de Distribution de Kinshasa (DDK), Zephyrin Kazadi, a reconnu des tours de délestage pouvant atteindre environ huit heures dans certains secteurs. Des perturbations liées à l'étiage de la rivière Inkisi dans le Kongo-Central, selon le DDK Zéphyrin Kazadi au terme d'une interview accordée à la presse, le mercredi 16 septembre 2026, devant la station haute tension de la Funa, sur instruction du Directeur Général, Teddy Lwamba Muba.
Cette reconnaissance officielle de délestages de 8 heures, avancée pour expliquer la situation, est perçue par les abonnés comme l'aveu d'une impuissance à garantir le service de base, un an après la nomination d'un Directeur Général dont le profil d'expert devait justement permettre d'anticiper ce type de crise saisonnière.
De l'avis de nombreux observateurs, au-delà de l'étiage, le problème est structurel : vétusté du réseau, pertes techniques estimées à 46% de la production entre transport et fraude, et sous-dimensionnement des postes de transformation.
Pourtant, lors de la 67ème réunion ordinaire du Conseil des ministres du Gouvernement, tenue le vendredi 14 novembre 2025, le ministre des Ressources hydrauliques et Électricité, Aimé Sakombi Molendo, avait indiqué que la SNEL SA avait été instruite de déployer, dans un délai de 6 mois, un Plan d'Action d'Exploitation et d'Investissement pour réduire de deux heures le délestage sur l'ensemble de Kinshasa, éliminer les "poches noires" en entendant la couverture, limiter la vulnérabilité des sites stratégiques face aux surcharges et, à titre pilote, supprimer totalement le délestage dans la commune de la Gombe.
Aujourd'hui, le délai étant largement dépassé, les observateurs se demandent si ce Plan d'Action d'Exploitation et d'Investissement a été réellement opérationnalisé ou s'il n'était qu'un chapelet de bonnes intentions, d'autant que le nombre d'heures de délestage ne cesse d'augmenter sur le terrain. Aucun des trois axes de ce plan d'urgence — à savoir le renforcement immédiat de la desserte dans les zones Est, Ouest et Nord, l'optimisation du réseau basse tension et la sécurisation des sites stratégiques de la capitale — ne semble avoir été amorcé.
Un an après, les délestages sont têtus. Ils persistent, défient et finissent par remettre en cause l'expertise même de Teddy Lwamba Muba.
Au-delà des chantiers de gouvernance interne qu'il a lancés — relance du recrutement, contrats de performance, dotation des équipes de terrain — les grands défis sociaux prioritaires demeurent entiers. Aucun ne s'est érodé, aucun n'a connu l'usure du temps.
Le quotidien des Kinois comme celui des Congolais du Congo profond reste plongé dans le noir.
Dès lors, une seule question taraude les abonnés : à quand ces chantiers annoncés se transformeront-ils enfin en électrons stables dans les prises ?