Par la Rédaction
La chefferie de Gaya, dans le territoire de Bondo, province du Bas-Uélé, vit dans la peur depuis une semaine. En cause: la militarisation du foyer minier « Séminaire », la plus grande mine de la contrée, par des éléments de la police et de l'armée. Les proches du propriétaire dénoncent la disparition de Nicolas Akatio Lebo et des menaces de mort. Le gouverneur mis en cause balaie toutes ces accusations d'un revers de la main.
Tout a commencé par des incendies répétés d'habitations, avant que les travailleurs ne soient délogés manu militari du site. Au moins une dizaine de cases en chaume et en paille auraient été incendiées sans motif valable, de manière successive. Après investigation, les proches du propriétaire affirment avoir recueilli les témoignages de jeunes à qui on aurait promis de l'argent pour commettre « ces actes criminels ».
« Quand ils ont réalisé qu'ils causaient du tort à un innocent, ils sont venus eux-mêmes témoigner », confie un membre de la famille.
Réfugiés à Kinshasa, certains travailleurs ayant fui la traque, images et audios à l'appui, témoignent de la barbarie dont ils auraient été victimes. Les membres de la famille propriétaire disent avoir quitté la province sur la pointe des pieds. Ils accusent le gouverneur Mike-David Mokeni de vouloir régler ses comptes avec Nicolas Akatio pour n'avoir pas soutenu sa vision politique.
« Tout a commencé le 20 juillet dernier, quand Nicolas Akatio a décidé de tenir un meeting public pour dénoncer le gouverneur Mike et ses pratiques visant à lui arracher sa mine. Après ce meeting, c'est un harcèlement politico-judiciaire qui s'en est suivi, jusqu'à nous déloger manu militari. Mais nous tenons à préciser que ce foyer minier Séminaire n'est pas l'œuvre de Nicolas que le gouverneur veut abattre, c'est l'héritage de son père dont il assure la continuité », précisent ses proches.
Après la militarisation du site, le gouverneur Mike-David Mokeni a pris, le 25 septembre 2026, un arrêté portant retrait de la carte d'exploitant artisanal du foyer Séminaire.
Joint par Opinion-Info.cd, le gouverneur qualifie toutes ces accusations de simples supputations. Il accuse à son tour Nicolas Akatio d'exploiter illégalement et de détenir une milice.

« Le monsieur est détenteur d'une milice. Il a été convoqué à trois reprises à mon cabinet pour venir justifier certains actes qu'il commettait là où il exploitait illicitement. Il n'a jamais répondu à toutes les invitations de l'État. Il a au contraire défié l'État en disant qu'il n'avait pas de comptes à rendre et qu'il n'avait peur de rien. Quand nous avons ce genre de comportements qui s'apparentent à une milice, en tant qu'exécutif, nous sommes obligés d'aller comprendre ce qui se passe réellement. Nous avons envoyé une équipe sur la base d'un mandat et d'une réquisition de l'auditorat militaire pour mener des recherches et une enquête. À l'arrivée des équipes, ils ont tous fui. S'ils savaient qu'ils n'avaient rien à se reprocher, pourquoi ont-ils fui ? C'est vraiment une affaire purement sécuritaire », a déclaré le gouverneur.
À Buta, chef-lieu du Bas-Uélé, les avocats du foyer minier jugent cette décision de retrait inexplicable et s'apprêtent à introduire un recours administratif pour plusieurs irrégularités constatées.
« Comment expliquer qu'une mine existant depuis près de 15 ans ne serait plus conforme à la loi ? Nous déposons notre recours pour non-respect des conditions légales de retrait. Il y a confusion entre sanction individuelle et fermeture de site. Le Code minier distingue le retrait individuel de la carte, qui est une mesure personnelle, de la fermeture d'une zone d'exploitation artisanale, prévue à l'article 110, qui obéit à une procédure distincte. Le retrait de la carte de M. Akatio ne peut entraîner automatiquement la prise en gestion du foyer par l'autorité provinciale. Enfin, il y a défaut d'encadrement: l'article 232 du Règlement minier prévoit un accompagnement technique des exploitants par l'Administration des Mines et le SAEMAPE, mécanisme qui n'a pas été mis en œuvre », expliquent-ils.
D'après plusieurs sources à Bondo, le gouverneur aurait déjà entrepris des démarches pour confier cette mine à des expatriés qui se trouveraient actuellement à Kisangani, dans la Tshopo. Le non-respect d'un deal privé entre Mike-David Mokeni et Nicolas Akatio, dont les parents étaient très proches, serait à l'origine de ces manœuvres politiques visant à extorquer la mine familiale Séminaire.