Par Denise Kyalwahi
À l’approche de la saison des pluies, l’état de la rivière Bichakuchaku, dans la commune de Kinshasa, au cœur de la capitale, inquiète les habitants riverains. Entre accumulation des déchets, évacuation des eaux usées et constructions anarchiques, l’écoulement de l’eau est fortement perturbé. Les travaux de réhabilitation des routes et la construction d’un pont constituent une réponse des pouvoirs publics, mais les habitants appellent également à une surveillance durable et au respect des règles environnementales.
À Kinshasa, à l’approche de la saison des pluies, les habitants de la commune de Kinshasa, notamment ceux des quartiers compris entre la Direction du Marais et celle du Plateau, à la hauteur de l’avenue Croix-Rouge, ainsi que ceux de Barumbu, redoutent une nouvelle montée des eaux de la rivière Bichakuchaku.
Cette rivière, qui rejoint le réseau d’évacuation des eaux jusqu’au niveau du marché communément appelé Wenze Libulu, avant de se déverser vers le fleuve Congo du côté de la Bralima, traverse plusieurs zones habitées. Son état actuel inquiète particulièrement les riverains, confrontés à l’accumulation des déchets, aux eaux usées et aux risques d’inondation.
Sur place, plusieurs habitants dénoncent l’utilisation de la rivière comme dépotoir. Des déchets ménagers y sont régulièrement jetés, tandis que certaines habitations évacueraient directement leurs eaux de toilettes dans son lit.
« Certains habitants ont pris l’habitude de jeter leurs ordures dans la rivière. D’autres y évacuent même leurs WC. Nous qui vivons à côté, nous sommes obligés de supporter les mauvaises odeurs. Certains mettent des cache-nez toute la journée pour pouvoir rester ici », témoigne, sous anonymat, un riverain rencontré sur place.
D’autres habitants affirment que la situation était différente par le passé. Selon eux, des équipes chargées de l’hygiène intervenaient régulièrement pour débarrasser la rivière des déchets qui empêchaient l’écoulement de l’eau.
« À l’époque, des femmes venaient ici pour laver les habits de leurs enfants et certaines personnes se lavaient même dans cette eau. Ceux qui n’avaient pas accès à l’eau de la Regideso l’utilisaient. Aujourd’hui, personne ne peut imaginer faire la même chose en voyant l’état de la rivière », raconte un autre habitant.
Les constructions anarchiques aggravent le problème
Au-delà des déchets, les riverains pointent également du doigt les constructions réalisées à proximité immédiate de la rivière.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, des maisons auraient été construites dans ou près du lit de la rivière, notamment pendant les périodes de sécheresse. Certains occupants remplissent les espaces avec du sable avant d’y ériger leurs habitations.
« Depuis que les gens ont commencé à construire sans documents d’autorisation et sans respecter les limites de la rivière, nous avons constaté que les débordements sont devenus plus fréquents », explique un habitant.
Ces constructions réduisent l’espace disponible pour l’écoulement naturel de l’eau. Lorsque les pluies reviennent, les eaux débordent et envahissent les espaces environnants.
La situation représente un risque pour les personnes vivant à proximité de la rivière Bichakuchaku, mais également pour les élèves des établissements scolaires installés dans cette zone.
La vallée traversée par la rivière compte plusieurs écoles primaires, maternelles, secondaires et universitaires. En période de fortes pluies, les inondations peuvent compliquer l’accès à ces établissements et exposer les enfants aux eaux stagnantes et aux déchets charriés par les eaux.
La rivière traverse notamment plusieurs communes de la ville, dont Kinshasa, Kasa-Vubu et Limete, en passant par Bamburu et Kingabwa, selon les témoignages recueillis.
Face à cette situation, certains responsables scolaires placent leurs espoirs dans les travaux d’infrastructures actuellement réalisés dans plusieurs quartiers.
Les travaux routiers et le nouveau pont comme réponse
Les autorités congolaises ont engagé des travaux de réhabilitation des routes et d’aménagement des ouvrages à travers plusieurs quartiers de la ville. Sur la rue du Plateau, un pont a notamment été construit au-dessus de la rivière Bichakuchaku.
Pour Paulin Miki, agent au complexe scolaire Le Panthéon, ces travaux vont contribuer à améliorer la situation à l’approche de la saison des pluies.
« Nous avons espoir d’entrer dans la saison des pluies avec un bon élan, car nos routes seront déjà réhabilitées par les services compétents. Cette année, nous espérons que la pluie ne perturbera pas nos élèves. Le pont construit sur la rivière Bichakuchaku, au niveau de la rue du Plateau, devrait également faciliter l’écoulement de l’eau », explique-t-il.
Pour les habitants, ces infrastructures constituent toutefois une première étape. Ils estiment que les travaux doivent être accompagnés d’un entretien régulier de la rivière et de mesures contre les occupations anarchiques.
Les habitants demandent une brigade environnementale
Des passants et usagers des routes du Plateau, du Marais et de l’avenue Croix-Rouge appellent ainsi les autorités à renforcer la surveillance environnementale autour de la rivière.
Ils proposent notamment la mise en place d’une équipe chargée de l’hygiène, de l’assainissement et du contrôle du respect des règles environnementales.
« Après la réhabilitation de la route et la construction du pont sur la Bichakuchaku, nous souhaitons que les services de l’environnement mettent en place des personnes capables de surveiller cet endroit et de sanctionner les récalcitrants. Notre santé dépend de notre environnement », estime Freddy, usager de la route Croix-Rouge.
Il insiste également sur la nécessité de protéger les enfants qui fréquentent les écoles de la zone.
« À l’école, nos enfants restent dans l’enceinte de l’établissement, mais après les cours, ils retournent dans des maisons entourées de déchets et d’eaux polluées. Cette situation doit cesser », ajoute-t-il.
Démolir certaines constructions et faire respecter les règles
Un constructeur amateur rencontré sur place estime, lui aussi, qu’une intervention sur les constructions situées trop près de la rivière est nécessaire pour permettre un meilleur écoulement des eaux.
« À mon avis, pour avoir un bon curage à ce niveau, il faudrait libérer l’espace occupé par certaines maisons qui étouffent la rivière, en respectant une distance suffisante de part et d’autre, soit 5 à 6 mètres du lit de la rivière. Le gouvernement doit aussi veiller au respect des règles de protection des cours d’eau avant d’autoriser toute construction », conseille-t-il.
Il appelle également à renforcer les moyens des services d’hygiène et d’assainissement et à prévoir des sanctions contre les personnes qui ne respectent pas les consignes.
Aux habitants, il recommande que chaque parcelle dispose d’une poubelle et d’installations sanitaires adéquates, avec des contrôles réguliers.
La réhabilitation des routes et la construction du pont sur la Bichakuchaku sont accueillies avec espoir par les habitants. Mais pour ces derniers, la protection durable de la rivière dépendra aussi de l’entretien des ouvrages, du curage régulier, de la lutte contre les constructions anarchiques et de sanctions contre les récalcitrants.
Notre rédaction s’est rendue au bureau communal de Kinshasa afin de recueillir des informations auprès du service de l’habitat sur les mécanismes prévus pour protéger les riverains à l’approche de la saison des pluies et lutter contre les constructions anarchiques dans cette zone.
Aucune réponse n’a toutefois été fournie par les autorités compétentes au moment de notre passage.