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Journée mondiale de l’aide humanitaire : les travailleurs humanitaires face aux violences et à Ebola

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Une agente sanitaire en mission de recensement dans un village dans l'est de la RDC [photo d'illustration]
Une agente sanitaire en mission de recensement dans un village dans l'est de la RDC [photo d'illustration]

Par Gloire Balolage

La Journée mondiale de l’aide humanitaire, célébrée ce 19 août, prend une résonance particulière en République démocratique du Congo, notamment dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, où les besoins humanitaires restent considérables. Dans cette partie du pays confrontée aux violences armées, aux déplacements de populations et désormais à une importante épidémie d’Ebola, les travailleurs humanitaires continuent d’intervenir dans des conditions particulièrement difficiles.

Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), 246 incidents ayant affecté des acteurs humanitaires ont été enregistrés au cours du premier trimestre 2026 dans l’Est de la RDC. Ces incidents ont notamment causé la mort de six travailleurs humanitaires et fait 35 blessés. OCHA rappelle que lorsque des vies sont en danger, ceux qui viennent porter secours ne devraient pas être pris pour cibles.

Ces chiffres illustrent l’un des principaux défis auxquels se heurte aujourd’hui l’action humanitaire dans l’Est congolais : l’insécurité. Les acteurs humanitaires sont confrontés aux risques liés aux affrontements, aux restrictions de mouvement et aux difficultés d’accès à certaines zones. Pourtant, leur présence demeure essentielle pour les populations qui ont fui leurs localités, celles qui vivent dans des zones affectées par les combats et celles dont l’accès aux services essentiels est fortement perturbé.

La situation au Nord-Kivu montre l’ampleur de cette contradiction. Alors que les besoins des populations restent importants, l’accès humanitaire demeure une question centrale. Médecins Sans Frontières (MSF) souligne notamment qu’une partie de ses équipes continue de fournir des soins essentiels dans la province, alors que d’autres organisations ont dû interrompre leurs activités dans un contexte également marqué par la suspension de financements.

L’organisation décrit une population confrontée aux conséquences du conflit, aux violences sexuelles ainsi qu’à des difficultés d’accès à l’agriculture, aux soins de santé et aux moyens de subsistance.

Au Sud-Kivu, les conséquences des violences se mesurent notamment dans les structures sanitaires. Entre le 15 mai et le 15 juin 2026, les cinq hôpitaux soutenus par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Nord-Kivu et au Sud-Kivu ont enregistré 303 blessés, soit une hausse d’environ 30 % des admissions par rapport à la période précédente.

Au Sud-Kivu, les établissements de Bukavu, Uvira et Fizi ont pris en charge 170 blessés. Le CICR alerte ainsi sur une double pression : celle provoquée par les violences armées et celle liée à l’épidémie d’Ebola, qui impose une vigilance supplémentaire aux services de santé.

À Fizi, les difficultés d’accès aux soins démontrent également comment l’insécurité peut transformer une urgence médicale en situation critique. En janvier, le CICR rapportait que l’Hôpital général de référence de Fizi avait accueilli 115 blessés alors que sa capacité initiale était de 25 lits. L’organisation expliquait également que plusieurs structures sanitaires situées à proximité des zones de combat étaient paralysées par les affrontements, les pillages, les ruptures de médicaments ou encore le départ du personnel soignant. Les difficultés à obtenir des garanties de sécurité compliquaient également les évacuations médicales.

En Ituri, la crise humanitaire est aggravée par la reprise des violences et les déplacements de populations. MSF rapporte que plus de 920 000 personnes étaient déplacées dans la province et que plus de 100 000 nouvelles personnes avaient été déplacées au cours du premier trimestre 2026. Dans la zone de Fataki, l’organisation décrit notamment des besoins importants en matière d’eau potable, de nourriture, de soins de santé et de protection. Certaines structures sanitaires ont été contraintes de fermer ou de se déplacer vers des sites accueillant des personnes déplacées, tandis que les conditions de sécurité compliquent l’intervention des équipes humanitaires.

À cette crise sécuritaire et humanitaire s’ajoute désormais la maladie à virus Ebola. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) souligne que l’épidémie évolue dans un contexte marqué par l’insécurité, les déplacements de populations et les difficultés d’accès aux services essentiels.

Face à la persistance de l’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo, le bilan dépasse désormais les 5 000 cas confirmés, pour 2 378 décès, soit un taux de létalité de 47,4 %. Au total, 751 patients sont actuellement hospitalisés. Pour renforcer la riposte, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) annonce le déploiement de 100 épidémiologistes supplémentaires ainsi que de plus de 500 agents de santé communautaires.

Cette situation sanitaire met davantage sous pression les acteurs humanitaires et les structures médicales. MSF estime que la réponse à Ebola doit encore être renforcée, notamment en matière de dépistage, d’isolement, de prise en charge, de recherche des contacts et d’engagement communautaire. L’organisation indique intervenir dans plusieurs centres de traitement et unités d’isolement en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, tout en soulignant que les besoins demeurent supérieurs aux capacités disponibles sur le terrain.

Face à cette situation, la protection des travailleurs humanitaires et médicaux apparaît comme une condition indispensable à la continuité de l’aide. Le droit international humanitaire impose aux parties à un conflit de respecter et de protéger les civils, y compris le personnel humanitaire et médical, et de permettre l’acheminement de l’aide aux personnes qui en ont besoin. Le CICR rappelle également que l’accès aux soins, l’évacuation des blessés et le passage des fournitures médicales essentielles doivent être facilités.

Le message porté ce 19 août dépasse donc la seule reconnaissance du travail des organisations humanitaires. Il pose la question de l’espace nécessaire à l’aide dans une région où les crises se superposent. Conflits, déplacements, difficultés d’accès aux soins, violences contre les civils et épidémie d’Ebola se renforcent mutuellement, tandis que les acteurs humanitaires doivent continuer à atteindre les populations malgré les risques.

À travers son message pour cette Journée mondiale de l’aide humanitaire, l’UNFPA salue justement le courage et la résilience des acteurs engagés dans les zones de conflit à l’Est de la RDC comme de ceux mobilisés dans la riposte contre Ebola, face à l’insécurité et à la désinformation.

Au-delà des hommages, les chiffres et les témoignages des organisations humanitaires mettent en évidence une exigence fondamentale : protéger ceux qui portent assistance pour mieux protéger les populations affectées. Dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu comme en Ituri, l’efficacité de la réponse dépend de la possibilité pour les équipes humanitaires et médicales de circuler, d’accéder aux communautés et de fournir des services essentiels sans être menacées.

La Journée mondiale de l’aide humanitaire rappelle ainsi que derrière chaque intervention se trouvent des femmes et des hommes qui prennent des risques pour sauver des vies, alors même que les crises auxquelles ils répondent deviennent de plus en plus complexes.

Mercredi 19 août 2026 - 12:36