Nord-Kivu : « des bananeraies détruites, des revenus perdus et des familles menacées de faim », Terre et Avenir RDC dénonce les exactions attribuées à l'AFC/M23

Catégorie
Image
Photo d’illustration
Photo d’illustration

Par Patrick Kitoko

La guerre dans l'Est de la République démocratique du Congo ne menace pas seulement les vies humaines et les villages. Elle s'attaque également aux terres, aux forêts et aux moyens de subsistance des populations. Dans une déclaration publiée le 5 septembre 2026, l'organisation Terre et Avenir RDC dénonce la destruction de bananeraies et l'abattage d'arbres signalés dans plusieurs localités des territoires de Rutshuru et de Masisi, dans des zones contrôlées par l'AFC/M23.

L'alerte intervient alors que les communautés rurales du Nord-Kivu vivent depuis plusieurs années au rythme des déplacements, de l'insécurité et des perturbations de leurs activités agricoles. Pour Terre et Avenir RDC, la destruction des plantations vient aggraver une situation humanitaire déjà préoccupante.

À Rutshuru, la Coordination territoriale de la société civile évoque notamment des destructions de bananeraies à Katwiguru, Kisharo, Buganza, Nyamwisi et Nyamilima. Dans le territoire de Masisi, des abattages d'arbres et des destructions de plantations auraient également été constatés sur les axes Loashi-Ngesha-Burora-Kaandja et Loashi-Lushebere-Hembe-Kahanga.

Terre et Avenir RDC refuse de considérer ces destructions comme de simples dommages collatéraux de la guerre. L'organisation y voit une menace directe contre la sécurité alimentaire et l'économie des ménages ruraux. Dans cette partie du pays, les bananeraies constituent en effet une source importante de nourriture et de revenus pour de nombreuses familles. Leur destruction signifie donc une perte immédiate de production agricole, mais aussi une diminution des ressources permettant aux ménages de répondre à leurs besoins essentiels.

« Un bananier détruit, ce n'est pas seulement une plante qui disparaît », insiste l'organisation, qui rappelle qu'une plantation détruite peut représenter un repas en moins, un revenu perdu et une scolarité compromise.

Au-delà de l'impact économique, Terre et Avenir RDC alerte sur les conséquences écologiques. L'abattage des arbres et la destruction de la couverture végétale peuvent accentuer l'érosion, fragiliser les sols et dégrader durablement les écosystèmes.

Pour l'organisation environnementale, la destruction des ressources naturelles révèle une dimension souvent moins visible du conflit dans l'Est congolais : celle de la dégradation du patrimoine écologique et agricole. Terre et Avenir RDC estime ainsi qu'aucune logique militaire ou politique ne devrait justifier la destruction des ressources indispensables à la survie des populations civiles.

Son message est sans ambiguïté : « On ne peut pas parler de paix en affamant les populations. » L'organisation appelle par conséquent à faire de la protection de l'environnement une composante à part entière de la protection des civils dans les zones affectées par les conflits.

Face aux faits rapportés, Terre et Avenir RDC réclame une documentation rigoureuse des atteintes environnementales commises dans le contexte de la guerre et la recherche des responsabilités, conformément au droit applicable. L'organisation demande également l'arrêt immédiat de la destruction des cultures et des ressources naturelles, la protection des agriculteurs et de leurs moyens de subsistance ainsi que la préservation des forêts, des terres agricoles et des écosystèmes du Nord-Kivu. Elle en appelle au Gouvernement congolais, aux Nations unies et à la communauté internationale pour une mobilisation urgente en faveur des populations rurales affectées.

À travers cette déclaration, Terre et Avenir RDC entend élargir le débat sur la guerre dans l'Est du pays. Pour l'organisation, défendre l'intégrité territoriale de la RDC ne peut se limiter au contrôle des espaces géographiques : il faut également préserver les ressources qui permettent aux populations d'y vivre.

« On ne peut pas prétendre construire l'avenir du Congo en détruisant sa terre », martèle l'organisation.

Derrière les arbres abattus et les bananeraies détruites, Terre et Avenir RDC voit ainsi le risque d'une crise multidimensionnelle mêlant insécurité alimentaire, précarité économique, dégradation environnementale et déplacement des populations.

L'organisation réaffirme enfin sa solidarité avec les agriculteurs, les défenseurs de l'environnement, les organisations de la société civile et les communautés rurales du Nord-Kivu, estimant que la préservation de la terre constitue aussi une bataille pour l'avenir du pays.

Samedi 5 septembre 2026 - 16:10